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Van Nieulandt

Willem

Anvers 1584 – Amsterdam 1635

Vue du palais Quirinal

Plume et encre brune, lavis gris et brun, traits d’encadrement à la plume et encre brune.

Inscrit Roma 1602 à la plume et encre brune et G. Batta à la pierre noire, filigrane aigle couronné.

226 x 150 mm (8 14/16 in x 5 15/16 in.in.)

Provenance

Paris, Thierry de Maigret, 8 December 2017, lot 70; private collection.

Ce dessin inédit de Willem van Nieulandt le jeune représente une Vue du palais du Quirinal à Rome depuis une rue entourée de végétation sur la gauche et la droite. Le dessin, daté en bas à gauche Roma 1602, est exécuté à la plume et encre brune avec du lavis brun et bleu clair1. Il présente une vue identique, avec des différences et d’un point de vue un peu plus avancé, à celle réalisée par Sebastien Vrancx2, aujourd’hui conservée dans la collection du duc de Devonshire à Chatsworth et portant elle aussi la date de 1602 (Fig. 1).

Willem van Nieulandt II, peintre d’origine anversoise mais élevé à Amsterdam où sa famille s’était établie probablement pour des raisons religieuses, semble se former auprès de Jacob Savery puis de Roland Savery avant de partir pour Rome pendant l’automne 1601. Là, il rejoint son oncle Willem Nieulandt l’Ancien (1569-1626) avant d’entrer dans l’atelier de Paul Bril (1553/1554 – 1626), lui-même établi à Rome depuis 1574 chez son frère aîné Matthijs (Anvers 1550 – Rome 1583)3. Pendant son séjour romain, Willem van Nieulandt réalise de nombreuses vues et paysages, comme le font habituellement ses compatriotes. Après un court passage à Amsterdam, il s’établit à Anvers où il est admis à la guilde de Saint-Luc en 1606 mais mène également une activité de graveur et d’écrivain, poète et dramaturge, membre de plusieurs sociétés littéraires et artistiques. À partir de 1629, il s’installe à Amsterdam où il demeura jusqu’à sa mort.

À Rome, l’observation des monuments et vestiges romains envahis de végétation et mêlés aux bâtiments modernes lui inspire de nombreux paysages dessinés et peints, dont il se fait une spécialité, même après son retour à Anvers. Ses dessins de motifs romains lui constituent un répertoire utile pour composer ses tableaux qui mettent en scène des personnages contemporains dans des vues de Rome plus ou moins fantaisistes. Van Nieulandt organise ses compositions en plusieurs plans successifs et obliques, plaçant un motif repoussoir sur le côté, souvent un mur en ruine envahi de rochers et de végétation comme c’est le cas sur ce dessin. La perspective plus empirique que mathématique donne une gracieuse impression d’artificialité, de théâtralité, impression renforcée ici par le côté irréel des deux figures rapidement esquissées. Le mélange de la plume et lavis brun à un lavis gris bleu fluide et élégant, la liberté de la plume dans le rendu de la végétation sont typiques de sa graphie et s’observent dans bon nombre de ses feuilles.

À Rome, Van Nieulandt fut l’un des plus fidèles élèves de Paul Bril chez lequel il a certainement rencontré Sebastian Vrancx, son aîné de onze ans, à Rome depuis 1596. Comme Vrancx, Van Nieulandt s’est souvent inspiré de modèles dessinés par Paul Bril ; il grave une série de 18 gravures de Ruines romaines par laquelle il propage la manière de son maître. Mais certaines de ses œuvres peuvent être plus précisément rapprochées de celles de Vrancx et les deux artistes semblent avoir travaillé sinon ensemble du moins l’un d’après l’autre. Van Nieulandt cite plusieurs fois Vrancx dans son œuvre gravé et plusieurs vues des mêmes endroits existent par ces deux artistes, avec parfois de légères différences dans les personnages présents dans la composition ou quelques ajouts, mais toujours manifestement du même point de vue. Notre dessin et celui de Chatsworth sont le témoignage de cette relation qui a été étudiée par Michael Jaffe à propos des dessins de Vrancx4. M. Jaffe remarque d’ailleurs que cette Vue du palais du Quirinal se démarque des vues habituelles de Vrancx – et nous pouvons ajouter, de l’entourage de Bril – par l’absence de vestiges romains. Il s’agit presque d’une vue de la Rome moderne. Nous sommes très reconnaissants à Peter Schaetborn pour son aide dans la rédaction de cette notice.

  1. Le filigrane aigle avec Crosse de Bâle est proche de celui dans Briquet 198 et Tschudin 282, Briquet 1370.
  2. M. Jaffé, The Devonshire collection of Northern European Drawings, vol. II, Flemish artists, Umberto Allemandi, Turin, Londres, Venise, 2002, p. 289. Lieu identifié par le Dr Arnold Nesselrath.
  3. Peter Schatborn, Drawn to Warmth, 17th-century Dutch artists in Italy, Amsterdam/Zwolle 2001, p. 38-43.
  4. M. Jaffé, op. cit., p. 250-255.