Févret de Saint-Mémin
Charles Balthazar Julien
Portraits de Georges Arnold Fitzwilliam et Eleanor Ramsay Fitzwilliam (New York, 1772-1844)
Pierre noire et craie blanche sur papier beige lavé de rose, dans leur cadre d’origine.
406 x 317 mm (16 x 12 1/2 in.)
Provenance
Bibliographie
11150 East Boulevard, Cleveland, OH, 44106 – USA
Né dans une famille aristocratique de Dijon, Charles Balthasar reçut une éducation soignée et entra en 1784 comme cadet à l’École militaire. En 1789, sa famille émigra et tandis que les Févret de Saint-Mémin se réfugiaient en Suisse, leurs biens furent confisqués et leurs collections – dont un cabinet d’Histoire naturelle acheté à Jehannin de Chamblanc – réservées pour l’instruction publique. Une partie de leur collection d’art, inventoriée par le peintre et premier directeur de l’Académie de Dijon François Desvoges, fut retenue pour le musée installé en 1787 dans l’aile orientale du Palais des États. La famille Févret de Saint-Mémin émigra ensuite aux États-Unis, dans le but de rejoindre Saint-Domingue où ils avaient des propriétés. La situation politique y étant tout aussi instable sous l’impulsion du mouvement de libération des esclaves mené par Toussaint Louverture, Charles Févret de Saint-Mémin demeura aux États-Unis où il se trouva dans la nécessité de gagner sa vie.
Ayant appris à dessiner chez François Desvoges, il y avait également eu connaissance du procédé du physionotrace utilisé pour faire des portraits de profil en série et dont l’usage avait été répandu par Edme Quenedey des Riceys. Féru de sciences mécaniques, Févret réussit à reconstruire cet instrument et gagna sa vie en multipliant les portraits de la bonne société américaine. Le procédé alliait art du dessin, nécessaire pour faire un portrait ressemblant et raffiné et possibilité de reproduire celui-ci en plusieurs exemplaires grâce à la réduction et la gravure. Du dessin originel, appelé « grand trait », l’artiste tirait une douzaine de gravures en forme de médaillon circulaire d’environ 55 mm de diamètre. Pour la somme de 25 dollars pour les hommes et 35 pour les femmes, il vendait le grand trait accompagné des douze gravures qui en étaient tirées et de la plaque de cuivre utilisée. Il existe plusieurs recueils de ses portraits gravés : celui de la Corcoran Gallery of Art de Washington qui en contient huit cents, celui du Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale en contient quatre cent cinquante. Portraiturant l’essentiel de la société américaine de l’époque, des présidents Washington, Adams, Jefferson, Madison et Franklin aux chefs indiens, Févret de Saint-Mémin réalisa également des paysages ainsi que des vignettes illustratives.
Après un premier retour en 1810, Févret regagna définitivement la France en 1814 remplacer Claude Houin comme conservateur du musée de Dijon. Là, il retrouva plusieurs de ses propres tableaux, désormais propriété du musée. Occupant cette charge jusqu’à sa mort, il fit restaurer de nombreuses œuvres et fit l’acquisition remarquée de la Nativité du maître de Flémalle. Il est à l’origine de l’aménagement de la grande Salle des Gardes de l’ancien Hôtel ducal, ouverte en 1827, avec de nombreux tombeaux des ducs de Bourgogne, retables, boiseries gothiques, favorisant ainsi la réhabilitation du goût pour le Moyen-Âge. Il fut également le fondateur de la société des amis des arts de Dijon, en 1837.
Les deux beaux portraits que nous présentons ici portent des étiquettes, probablement de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe siècle, qui identifient les modèles comme « Georges Fitzwilliam, an Englishman » et son épouse Eleanor Ramsay Fitzwilliam. Cependant, le portrait correspondant à celui de Georges Fitzwilliam, conservé à la National Portrait Gallery de la Smithsonian Institution, porte sur son montage original une inscription de la main de l’artiste qui mentionne Wm Ramsey, ce qui peut laisser penser que ces informations sont erronées. En réalité, comme Ellen Miles l’a montré dans son ouvrage consacré à l’artiste, ces inscriptions autographes comportent parfois des erreurs ; il s’agit bien ici, comme en attestent les archives familiales, de Georges Arnold Fitzwilliam, un marchand anglais né à Shoreditch, venu s’installer à New York, puis parti à Trinidad après avoir épousé Elenaor Ramsay en 1794. Eleanor Ramsay, quant à elle, est née à New York en 1772 et morte dans la même ville en 1844. Elle est la fille de John et Elisabeth Ramsay et la sœur de Charles Ramsay dont un portrait a également été réalisé la même année par Févret de Saint-Mémin.
Les portraits dessinés par Févret de Saint-Mémin le sont presque toujours avec un mélange de pierre noire et de craie blanche qui produit l’impression, sur le papier préparé rose, d’un gris très doux. Ils sont à la fois ressemblants et stylisés et leurs encadrements d’origine, souvent noir et or à l’exemple de ceux de ces dessins, en font des objets d’une grande élégance, sans doute l’une des raisons de leur grand succès dans la société américaine et particulièrement de la Nouvelle Angleterre.
- Philippe Guignard, Notice historique sur la vie et les travaux de M. Févret
de Saint-Mémin, Dijon, 1853, p. 8-9. - Gilles-Louis Chrétien, Portrait de Thomas Bluget de Valdenuit, Paris,
Bibliothèque Nationale de France (Inv. DC-65 (B, 27)-PET FOL).

