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Dietzsch

Barbara Regina

Nuremberg 1706 – 1783

Une tulipe, un papillon de l’espèce Arctia Caja (écaille martre) et un coléoptère (peut-être une Lepture trapue)

Aquarelle et gouache sur vélin, bordé d’or.

290 x 210 mm (11 7/16 in x 8 1/4 in.)

Localisation

The Met Fith Avenue
1000 Fifth Avenue, New York, NY – USA
Metropolitan Curatorial Department: Drawings and Prints
Object Number: 2024.114

Au cours des XVIe et XVIIe siècles, les progrès considérables effectués en matière d’optique et la découverte de nombreuses nouvelles espèces animales et végétales ravivent l’intérêt pour le vivant. La tradition médiévale des florilèges, qui rassemblaient des images de plantes parfois plus artistiques que réalistes, revient au goût du jour. Mais, conformément à l’esprit rationnel qui se développe pour culminer au xviiie siècle, la description précise et la classification systématique concurrencent désormais la vision esthétisante. Grâce aux voyageurs naturalistes, les collections se développent ainsi que les publications décrivant les animaux, les minéraux et les végétaux. La ville de Nuremberg tient à cet égard une place si particulière qu’en 1841, dans son Histoire des sciences naturelles, Georges Cuvier ne manquait pas d’écrire à propos de cette ville, souvent célébrée pour ses graveurs, qu’on y a « constamment fait des figures d’histoire naturelle ». Le naturaliste confesse tenir en haute estime les ouvrages qui y furent publiés au xviiie siècle, notamment ceux de Georg Wolfgang Knorr.

Se forme alors à Nuremberg une véritable école de peinture spécialisée dans les sciences naturelles et destinée à fournir des illustrations pour ces ouvrages. Le peintre August Joseph Rösel von Rosenhof et plusieurs des membres de la famille Dietzsch, Barbara Regina, sa sœur Margaretha Barbara et son frère Johann Christoph, en sont les meilleurs exemples. Parmi eux, Barbara Regina se distingue, non seulement par sa personnalité indépendante – elle refusera le titre de peintre de cour et ne se mariera pas – mais surtout par l’exceptionnelle qualité de ses œuvres. En réalité destinées aux collectionneurs, ses gouaches doivent être placées en marge de la production illustrative. Cependant, elles furent de temps à autre utilisées par les éditeurs, à l’exemple de ses peintures d’oiseaux reproduites dans l’ouvrage d’Adam Ludwig Wirsing, Sammlung leistens deutscher Vögel (Nuremberg, 1772-1777, 2 vol., 50 illustrations) ou de certaines de ses peintures de fleurs publiées dans Hortus Nitidissimus de Jacob Trew (Nuremberg, 1750-1786). De même, Georg Wolfgang Knorr utilisa six de ses œuvres florales pour l’illustration de son Auserlesenes Blumen-Zeichenbuch für Frauenzimmer (Nuremberg, 1740-1750), manuel de dessin de fleurs destiné aux dames.

Les peintures de fleurs des membres de la famille Dietzsch se déclinent quasiment toutes sur le même modèle. D’une taille standard, 29 × 21 ou 35 × 27 cm, exécutées à la gouache sur vélin, elles présentent les végétaux accompagnés d’insectes sur un fond noir, encadré par un fin filet d’or. Elles étaient destinées à être vendues à des collectionneurs amateurs de botanique, en paire ou par groupe. Certains aimaient à les accumuler, les encadrant à touche-touche de manière à produire l’effet d’un jardin d’intérieur. Les plus passionnés les associaient probablement dans leur cabinet aux minéraux, animaux et insectes de leurs collections. D’autres, enfin, préféraient les rassembler dans des livres, se créant ainsi leurs propres florilèges, ce qui avait l’avantage de favoriser leur conservation.

Ces gouaches, particulièrement recherchées et estimées à leur époque, savent mettre en valeur la beauté des sujets sans sacrifier à la précision scientifique. Plantes et insectes sont peints avec une grande exactitude et sont associés précisément à ceux qui, dans la nature, entretiennent une relation mutualiste. Le fond noir permet de concentrer le regard et de favoriser l’étude de la plante. Mais, exaltant le velouté des feuilles, le soyeux des pétales et l’éclat des couleurs, il semble aussi recueillir et protéger la fleur comme un écrin de velours noir son joyau. Glorifiant la beauté de la création, ces œuvres ont été rapprochées par Heindrun Ludwig de la physico-théologie, alors répandue parmi les protestants en Allemagne. Cette pensée, très présente dans les discussions philosophiques de l’époque, assimile le monde à une œuvre d’art dont la perfection et l’harmonie seraient des preuves de l’existence d’un créateur divin. Par leur perfection technique, les œuvres de la famille Dietzsch seraient destinées à célébrer celle de la création et du dessein divin.

  1. Georges Cuvier, Histoire des sciences naturelles depuis leur origine jusquà nos jours, Paris, Fortin, Masson et Cie, 1841, Tome»II, p.»207.
  2. Heindrun Ludwig in Delia Gaze, Dictionary of Women Artists, London,
    Chicago, Fitzroy Deaborn, 1997, Vol.»1, p.»459.