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Arson

Marie Alexandrine Olimpe

Paris 1814 – Paris 1901

Cactus en fleurs

Aquarelle sur vélin.
Signé en bas à gauche sur le pot Olimpe Arson.
345 x 265 mm

Provenance

Collection Gabrielle Loire en 1945 ; collection du docteur et madame Castille, leur vente, Versailles, Palais des Congrès, 17 mars 1991, lot 134 ; Galerie Talabardon et Gautier ; collection particulière.

Exposition

Paris, Galerie Charpentier, Les fleurs et les fruits depuis le Romantisme 1942-1943; Paris, Musée de la vie romantique, Redouté, le pouvoir des fleurs, 2017, catalogue d’exposition (C. de Bourgoing, S. Eloy et J. Farigoule), p. 144, cat. 60, ill. p. 124.

Bibliographie

C. Léger, Redouté et son temps, Paris, 1945, illustré.

Localisation actuelle

J. Paul Getty Museum
1200 Getty Center Dr, Los Angeles, CA 90049 – USA

C’est le développement des traités de botaniques et des expéditions scientifiques à la recherche d’espèces nouvelles, à l’exemple de celle de Dumont d’Urville en Amérique du Sud sur La Coquille par exemple, ainsi que du commerce de ces espèces, qui lance la mode des cactus et des plantes dites grasses ou succulentes. Connus en Europe depuis que Christophe Colomb avait rapporté des Antilles des spécimens de Melocactus, on en trouve représentés dans l’Herball de John Gerard sous le nom de Melocarduus Echinatus ou Echino Melocactos avec deux autres espèces, mais ces végétaux restent encore très rares sur le continent européen, demeurant presqu’exclusivement américains. C’est Carl von Linné qui le premier utilise le mot cactus, d’étymologie grecque et signifiant un cardon, comme nom générique des 22 espèces alors connues. Progressivement plusieurs genres et espèces vont être distingués et nommés : trois genres sont isolés en 1770 par Philip Miller (Pereskia, Opuntia et Cereus) puis en 1812 Adrian H. Haworth en isole cinq. Il faut attendre George Engelmann et sa publication de 1858 pour en isoler d’autres, puis Britton et Rose et Backerberg. Ce denier en dénombrera finalement 300 genres et 2000 espèces en 1958-1962, nombre qui est aujourd’hui revu à la baisse.

Le cactus représenté ici a longtemps été identifié comme un Echinocéreus. Il semble en réalité appartenir au genre des Echinopsis, cactus-oursins, l’un des principaux genres de cactus, qui compte près de 180 espèces. Ils sont originaires d’Amérique du sud (Nord de l’Argentine, Bolivie, sud du Brésil, Uruguay, Paraguay). Celui qui est représenté ici par Olimpe Arson pourrait être Echinopsis eyriesii ou oxigona. Mais la différence avec certaines espèces du genre echinocereus est mince, ne tenant qu’à la couleur du pistil, l’organisation interne de la fleur, la longueur des épines : le doute est donc permis.

Olimpe Arson, née et baptisée à Paris à Saint-Eustache le 19 septembre 1814, fille de François Alexandre Arson (1785 – 1848) et d’Olympiade Nicolle[1], compte parmi les plus sérieuses élèves de Pierre Joseph Redouté (1759 – 1840) et l’assiste dans ses fonctions au Museum. Elle collabore à Quinze groupes des plus beaux fruits, l’un des plus rares recueils de Redouté. Au Salon, où elle expose pendant quelques années des fleurs et des fruits d’une qualité louée par tous les commentateurs, elle est remarquée pour sa précocité : à 21 ans, elle est la plus jeune médaillée de l’histoire du Salon. Elle contribue avec plusieurs dessins à la plupart des séries publiées sur les fleurs, comme La Naissance des fleurs ou les 365 jours de floraison, recueil réunissant 300 groupes de fleurs en 50 feuilles, Paris, Fleury Chavant, Londres, CH. Tilt, 1837.  Elle participe à l’illustration du Cours de fleurs du jardin des Plantes, dans lequel elle est qualifiée de « délégué de M. Redouté au cours d’iconographie du jardin des plantes ». Bien que très jeune, elle a elle-même des élèves et en 1842, l’une des meilleures d’entre elles, Mme Clémentine Martin-Buchère, se distingue au Salon avec une étude de camélia tandis qu’à 28 ans à peine, Olimpe Arson qui « a pris en dégoût les choses de ce monde », arrête de peindre et rentre dans les  ordres[2]. Son acte de décès précise en effet qu’elle est religieuse.[3]

Pierre-Joseph Redouté collabora avec Augustin Pyramus de Candolle à une publication consacrée aux plantes succulentes et, par extension, aux cactées, parue en plusieurs éditions entre 1799 et 1838. Echinopsis eyriesii, qui semble avoir été introduite en France au cours du premier tiers du XIXᵉ siècle, n’y figure pas. Selon Joseph Labouret, qui le décrit dans sa Monographie de la famille des cactées, il proviendrait d’Argentine d’où il aurait été rapporté en 1827 pour Alexandre Eyries, armateur du Havre, par un capitaine français. Quelques exemplaires sont signalés à Paris dans les années 1830.

Le plus ancien spécimen attesté en France est vraisemblablement celui mentionné par Henri-Antoine Jacques (1782-1866), jardinier en chef du duc d’Orléans, qui rapporte qu’il fleurit en 1833 durant une seule nuit et pendant vingt-quatre heures seulement[4].Charles Lemaire évoqua l’espèce en 1838 et 1839, en la rattachant au genre Echinocactus — les genres n’ayant pas encore été clairement différenciés — sans toutefois en donner de description plus détaillée. Louis Pfeiffer la mentionne également dès 1837[5]. Selon Joseph Labouret, un autre exemplaire d’Echinopsis eyriesii était conservé au jardin botanique de l’École de pharmacie de Paris ; il serait tombé dans une cuve d’eau et y serait demeuré immergé pendant trois mois sans subir le moindre dommage[6]. Un spécimen était par ailleurs présent aux jardins botaniques de Kew, en Angleterre, dès 1835 ; il fut décrit cette même année, puis à nouveau en 1838, dans l’Edward’s Botanical Register, où il est illustré par deux planches gravées dues à Miss Drake.

Olimpe Arson put ainsi avoir la possibilité d’observer et de dessiner un spécimen de ce cactus en France, que ce soit dans l’entourage du Muséum d’histoire naturelle ou au sein de collections privées. Dans la première moitié du XIXᵉ siècle, le cercle des amateurs et collectionneurs de cactées en était encore à ses balbutiements et demeurait par conséquent très limité. Le prince de Salm-Dyck réunit néanmoins une collection de tout premier ordre, au sein de laquelle figurait un exemplaire d’Eyriesii[7]. Le baron de Monville comptait lui aussi parmi les collectionneurs de cactées notoires, avant d’être contraint de disperser sa collection en 1846 à la suite de sa faillite[8]. Enfin, l’horticulteur Cels, installé chaussée du Maine à Paris, sut tirer parti de cet engouement naissant en se spécialisant dans l’établissement de catalogues consacrés aux cactées.

Echinopsis eyriesii fleurit la nuit ; le fonds sombre et la lumière artificielle choisis par l’artiste ne relèvent donc peut-être pas d’un simple choix esthétique. Sans doute l’artiste a-t-elle dessiné de nuit, faiblement éclairée par une bougie, dont la lumière diffuse est perceptible dans sa délicate application de l’aquarelle sur la surface vibrante du vélin.

Les dessins de cactus restent extrêmement rares à cette époque : le Museum d’histoire naturelle à Paris possède dans un recueil les planches réalisess par Redouté pour son entreprise de publication conjointe avec Candolle. Il conserve également des œuvres de Claude Aubriet et d’Edouard Maubert. Toutes ont été réalisées dans le cadre d’entreprises de publications. Le British Museum possède quelques représentations par Mary Delany ; le Metropolitan Musuem en possède une, anonyme, le Louvre n’en possède pas : les représentations dessinées de cactus demeurent donc exceptionnelles, ce qui reflète la rareté de la plante en Europe.

Cette belle aquarelle sur vélin était autrefois dans la collection Castille, un ensemble prestigieux d’art décoratig et mobilier de l’époque Charles X, qui incluait des objets rares et précieux tels que le sablier de la duchesse de Berry, deux bureaux du duc de Bordeaux et la boîte à correspondance de la reine Marie-Amélie, décorée d’une plaque de Sèvres.

  1. Son jeune frère Louis François Alexandre, né en 1819, se marie en 1841 avec Louise Hackenberger avec qui il a une fille Héloïse Marie Jeanne puis en 1855 avec Emilie Juliette Lalubie à Lille, puis en 1888 avec Elise Catherine Lalubie.
  2. L’Artiste, 3e série, t. I, 1842, p. 324.
  3. Archives de Paris, V4E 9463, 8 avril 1901, Paris 12e
  4. Annales de Flore et de Pomone ou Journal des jardins et des champs, Paris, 1833-34, p. 180.
  5. L. Pfeiffer, Enumeratio diagnostica cactearum hucusque cognitarum, 1837, p. 72.
  6. J. Labouret,, Monographie de la famille des cactées, Paris, 1853, p. 579.
  7. Cacteae in horto Dyckensi cultae anno 1849, secundum tribus et genera digestae: additis adnotationibus botanicis characteribusque specierum in enumeratione diagnostica cactearum Doct. Pfeifferi non descriptarum : Eyriesii est décrit p. 37;
  8. Catalogue des plantes exotiques composant la collection de Monville : dont la vente aura lieu, aux enchères publiques, à Monville-les-Rouen, le mercredi 15 Juillet 1846 ; Facsimile : Cactusville Press, Reading England 1991.