Joseph-Auguste Rousselin
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Rousselin

Joseph-Auguste

Paris 1841 – Grenoble ? 1916
Joseph-Auguste Rousselin

Autoportrait

Huile sur toile.
Tampon du fabricant de toile Aubé au revers.
Signé et daté Rousselin 1898 en haut à gauche.
46 x 38,5 cm (18 1/8x 15 1/8 in.)

Provenance

Paris, Drouot, étude Delon et Hoebanx, 10 février 2021, lot 44, comme école française de la fin du XIXe siècle; collection privée.

Né à Paris, Joseph-Auguste Rousselin est l’élève de Thomas Couture ainsi que de Charles Gleyre, chez lequel il rencontre les jeunes peintres qui deviendront les figures de proue de l’Impressionnisme : Édouard Manet, Auguste Renoir, Alfred Sisley. Ami proche de Manet, il séjourne chez lui à Boulogne- sur-Mer et pose en 1868 pour le personnage accoudé à droite, fumant un cigare et portant un chapeau haut-de-forme dans Le Déjeuner dans l’atelier (Fig. 1), aux côtés de Suzanne Manet et de Léon Koelin-Leenhoff. Bien qu’il collectionne les impressionnistes, il n’en adopte pas la manière et garde un style classique, académique même, comme en témoigne le graphisme vigoureux et précis de ses dessins préparatoires, parfois proches de ceux de Thomas Couture (L’Espagnol, 1885, musée de Grenoble). Il développe une peinture réaliste, tournée vers le monde rural et animalier, et excelle à représenter les chevaux ainsi que le montre La Foire de saint Martin à Pau (Pau, musée des Beaux-Arts). À Grenoble, où il s’est installé dans les dernières années de sa vie, le musée conserve un très beau Percheron dans une écurie (don du gendre de l’artiste, Henri Vallier, en 1916, avec un petit groupe de dessins).

Il expose aux Salons de la société des artistes français de 1866 à 1899. C’est Rousselin qui encouragera Renoir et Sisley à participer au Salon de la société des Amis des Arts de Pau, où il avait des attaches familiales et aimait à séjourner. Ceci explique qu’il soit bien représenté dans le musée des Beaux- Arts de cette ville qui conserve notamment son portrait de l’architecte Charles Clément Le Cœur (1805-1897) 1., exécuté par l’artiste en 1869 et légué au musée par le fils du modèle, Pol Le Cœur (1835-1908), ainsi que quatre autres tableaux de l’artiste.

Les portraits sont rares dans l’œuvre de Rousselin. Dans celui-ci, l’artiste s’est représenté lui-même fidèlement, devant un groupe de chevaux, animaux qu’il semble avoir particulièrement aimé. Il s’agit peut-être des siens. La vie qui se révèle dans le portrait par le traitement des yeux humides, de la texture des chairs et de leurs défauts, de l’ossature sous la peau, de la barbe grisonnante et fournie, est étrangement contenue par la fixité du regard et l’aspect dessiné de l’arrière-plan.

Ce contraste saisissant entre le réalisme du visage et son étrange hiératisme, entre son aspect charnel, presque tangible et la stylisation de l’arrière-plan monochrome, donne au tableau un aspect onirique, semble le placer hors du réel, dans le domaine du rêve ou de l’inconscient et révèle un artiste profondément original.

  1. Charles-Clément Le Cœur est parfois confondu avec son neveu Charles-Justin Le Cœur (1830-1906) portraituré par Renoir, lui aussi architecte et respectivement beau-fils et beau-frère des architectes Louis-Charles-Théodore et Théodore Charpentier puisque marié à la sœur de ce dernier, Marie Charpentier. Ces précisions renseignent sur le cercle amical de Rousselin