Robert
Hubert
Paris 1733 – 1808
Rome, la place Saint-Pierre, vue de la colonnade du Bernin
Huile sur toile marouflée sur toile. Au revers, une ancienne étiquette du début du siècle : n° 6 / H. Robert / Le Jet d’eau / Salle 4.
33 × 33 cm (13 x 13 in.)
Provenance
Vente, Paris, salle Rossini, 13 décembre 2005, n° 55 ; Paris, galerie Didier Aaron, 2006; collection Louis Grandchamp des Raux, sa vente, Paris, Sotheby’s et Artcurial, 26 mars 2015, n° 25 ; Bruxelles, collection privée.
C’est un coup de vent sur la vaste place Saint-Pierre de Rome qu’Hubert Robert a voulu capturer dans cette esquisse : l’eau déborde de la fontaine tandis que les jets sont poussés vers la gauche, comme l’habit gris du personnage au bonnet rouge qui marche en nous tournant le dos. Les nuages qui s’amoncellent sur la droite, tandis que le soleil baigne encore la place, témoignent d’une petite dépression atmosphérique à venir.
Hubert Robert est à Rome de 1754 à 1765 sous la protection du comte de Stainville, le futur duc de Choiseul, qui lui permet, par son généreux mécénat, d’étudier les antiquités et de bénéficier de la vie culturelle intense de la ville. C’est là que Robert rencontre Jean-Honoré Fragonard, suit les cours de perspective de Francesco Panini et fréquente le graveur Piranèse. Il étudie les monuments antiques et dessine abondamment les paysages italiens, simples croquis ou grandes vues plus élaborées. Grâce à l’appui de Stainville, il est logé à partir de 1759 à l’Académie de France à Rome, alors installée au palais Mancini. L’année suivante, il visite la Campanie et Naples avec l’abbé de Saint-Non. À son retour à Paris, il est reçu à l’Académie en juillet 1766 comme « peintre de ruines » et expose au Salon les vues et les caprices qui feront de lui un artiste célébré et recherché.
Si les études à l’huile sur papier sont rares dans l’œuvre du grand peintre de ruines, les études esquissées, en revanche, sont nombreuses et présentent toutes des traits communs : les silhouettes sont sommairement tracées, les architectures traitées en grands pans brossés ; le dessin sous-jacent se devine par endroits et les contours au pinceau sont visibles, situant les œuvres à mi-chemin entre le dessin et la peinture, au cœur d’un processus de captation de la lumière, de l’espace et de l’atmosphère. Robert n’oublie pas les petits détails pittoresques qui font le charme de ses compositions : le pèlerin assis que l’on retrouve dans plusieurs de ses œuvres semble ici endormi, légèrement penché, protégé par son grand chapeau mou. Au second plan, un autre pèlerin contemple l’espace de la place, son ballot et son bâton sous les bras, dans un mouvement déhanché d’un grand naturel. Une esquisse à l’huile conservée au Petit Palais de Paris offre de bons points de comparaison, Sculpteur travaillant à la statue d’un saint à Saint-Pierre de Rome. Là aussi, le peintre est frappé par la monumentalité de l’architecture, et son rendu de la verticalité est plus spontané et expressif que mathématiquement précis ; les personnages sont esquissés de cette même manière liquide. Le pèlerin est présent, de dos, tourné vers le confessionnal. Cette œuvre et la nôtre sont probablement très proches dans le temps.
Comme dans Étude de la grotte du Pausilippe (Petit Palais) et dans les Ruines du palais des Empereurs (Besançon, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie), l’espace est traité d’une façon onirique, presque fantastique, détachée de la perspective et de la réalité physique des choses, pour laisser une place primordiale aux sensations de l’espace, de la lumière et de l’air. La circulation de la lumière dans l’architecture des colonnes du péristyle de Saint-Pierre est rendue par l’alternance entre ombre et lumière, traitée avec un pinceau très léger, et que l’on retrouve sur la colline du Vatican, à l’arrière-plan. La petitesse des silhouettes sur la place amplifie la sensation de l’espace et des éléments, dans une atmosphère calme et tranquille.

