Renoir
Pierre-Auguste
Limoges 1841 – Cagnes-sur-Mer 1919
Entrée de maison, arbres
32 × 18 cm (12 ⁵/8 × 7 1/16 in.)
Provenance
Succession Renoir ; collection particulière.
Bibliographie
Albert André, L’Atelier de Renoir, Paris, ed. Bernheim-Jeune, 1931, t. I, pl. 49, n° 148 (partie supérieure) ; Guy-Patrice et Michel Dauberville, Renoir. Catalogue raisonné des tableaux, pastels, dessins et aquarelles, Paris, Bernheim- Jeune, 2010, t. 3, p. 221, 2083A, illustré.
C’est une lumière chaude, typique du sud de la France et caractéristique des œuvres de Renoir réalisées dans la région, qui baigne cette étude d’une porte. L’ambiance méditerranéenne marquée de la bâtisse, avec sa porte à l’encadrement arrondi et souligné de pierres, pourrait correspondre a une petite ferme de la région de Cagnes-sur-Mer ou il travaille depuis le début des années 1900. Lors de ses premiers séjours, il s’installe dans une maison du village. En 1907, il fait l’acquisition d’un domaine à l’est de Cagnes, le domaine des Collettes, dont il admire les oliviers anciens et les points de vue magnifiques. Sa femme, Alice Charigot, fait alors construire la maison dans laquelle Renoir s’installe définitivement et vivra ses vingt dernières années.
La douceur de la région niçoise, qui soulage sa polyarthrite rhumatoïde, infuse dans ses œuvres une sensibilité renouvelée, évoluant vers davantage de chaleur dans les tons et de suavité dans la touche. Il peint avec un pinceau fluide, presque liquide, et une matière transparente des portraits et scènes de famille, des baigneuses et des paysages. Parmi ces derniers, ce sont particulièrement des vues de son jardin qu’il représente, puisqu’il a de plus en plus de difficulté a se déplacer et devra finalement avoir recours à un fauteuil roulant.
Il poursuit son dialogue intérieur avec l’art du XVIIIe siècle, auquel font référence la fluidité de sa touche, la transparence des couches, la fraîcheur des couleurs et le sens de l’atmosphère. Dans notre esquisse, la souplesse des arbres, leurs troncs sveltes, le foisonnement vert et roux des frondaisons évoquent la nature frémissante des tableaux de l’époque de Watteau.
L’œuvre provient de l’atelier de l’artiste, ou elle est restée jusqu’a sa mort. Célèbre pour etre vide de mobilier, hormis un chevalet, un divan pour le modèle et un vieux fauteuil en velours rose, l’atelier de Renoir contenait en revanche d’innombrables études. « Connaissez- vous quelque chose de plus triste que l’ouverture d’un atelier, après décès, dans lequel on ne trouve pas d’études ? Tout ce que cela peut évoquer de travail sans joie ! » disait Renoir a Albert André. Ces toiles d’atelier, qui portaient souvent plusieurs études, ont été coupées pour constituer plusieurs petits tableaux portant chacun le cachet de la signature, apposé par les fils de Renoir après la mort du peintre (Lugt 2137b). C’est une pratique que l’artiste avait déjà adoptée de son vivant, comme le montre sa correspondance avec ses marchands. Il en retouchait parfois les bords afin de les terminer.
Celle-ci provient d’une toile contenant trois études distinctes ; elle a donc été découpée pour constituer trois tableaux : outre la nôtre, la toile contenait une étude portant des têtes de femmes et d’enfants dans un paysage (Dauberville n° 2083B), exposée en 1951 a la Marlborough Gallery a Londres, et une étude de torse d’une femme nue et assise (Dauberville 2083C). Ces deux dernières étaient côte a côte, la nôtre étant disposée horizontalement au-dessus.
La maison et le palmier sur 2083B se retrouvent dans une huile sur toile de plus grandes dimensions, La Ferme ou Le Palmier, environs de Cannes (Detroit Institute of Arts, USA, 46 × 55 cm, datée 1902), ce qui montre que Renoir réutilisait ses études pour des œuvres peintes et permet de dater les esquisses d’avant 1902.
Dans les années qui suivent, Renoir, de plus en plus infirme et perclus de rhumatismes, perd progressivement la capacité de marcher et ses mains sont atteintes par la polyarthrite rhumatoïde. Il continue cependant a peindre, toujours dans la joie. C’est les mains bandées, dans l’atelier de son jardin, qu’il peint notamment ses séries de Baigneuses, parmi ses œuvres les plus connues. Il continue à exposer chez Durand-Ruel et Bernheim-Jeune, et ses œuvres sont montrées en France, en Europe et aux États-Unis.
Cette œuvre est vendue avec un certificat du Wildenstein Plattner Institute.

