Henri Théophile Edouard Pingret<br />
"Henri Théophile Edouard Pingret"<br />
Portrait d’un chef indien de la tribu des Séminoles<br />
Portrait of a Seminole Chief
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Pingret

Henri Théophile Edouard

Saint-Quentin 1788 – Paris 1869

Henri Théophile Edouard Pingret "Henri Théophile Edouard Pingret" Portrait d’un chef indien de la tribu des Séminoles Portrait of a Seminole Chief

Portrait d’un chef indien de la tribu des Séminoles

Huile sur papier. Inscrit en espagnol Piel de tigre. Indio seminol de los antiguos habitantes de la Florida en haut à gauche et traduit en français peau de tigre indien seminol descendant des anciens habitants de la Floride en haut à droite.
390 x 285 mm (15 6/16 x 11 3/16 in.)

Après une formation parisienne auprès de Jacques-Louis David puis d’Henri Regnault, Pingret découvre la peinture historiciste, ce qui l’amène naturellement au voyage pittoresque. Sensible à la question de la diffusion et de la préservation du patrimoine architectural et culturel français, il pratique la lithographie et publie Monuments, établissements et sites les plus remarquables du département de l’Aisne (1821), dédicacé au baron de Talleyrand, et Promenade sur le lac de Willensdat et dans le pays des Grisons (1825). En 1834, ce sont des personnages et costumes des Pyrénées françaises qu’il illustre en lithographie dans une importante série conservée dans les musées de Toulouse et de Pau.

Proche du roi Louis-Philippe et de sa famille, Pingret les accompagne en 1844 chez la reine Victoria et immortalise ce voyage dans un album d’aquarelles conservé au Louvre ainsi que dans un ouvrage de lithographies, Voyage de S.M. Louis-Philippe Ier, roi des Français, au château de Windsor (1846). Il peint également une grande toile représentant l’arrivée du roi des Français au château de Windsor le 10 octobre 1844 (Versailles).

En 1850, enfin, commence la partie la plus originale de sa carrière puisqu’il part quelques années au Mexique, où il est vite introduit dans la meilleure société et expose régulièrement à l’Academia de Bellas Artes. Portraitiste déjà confirmé, il obtient la commande d’un portrait du président constitutionnel, le général Mariano Arista. En 1852, il organise une exposition de scènes de genre et d’intérieurs montrant, pour la première fois au Mexique, la vie des habitants du pays. L’exposition rencontre un grand succès et Pingret devient une personnalité en vue au Mexique, obtenant de nombreuses commandes. Il compte aussi parmi les premiers collectionneurs d’art aztèque, et le groupe qu’il avait assemblé dans ce pays fut vendu après la mort de sa fille en 1909. Une grande partie des huiles sur papier réalisées au Mexique est aujourd’hui conservée dans la collection de la Banamex à Mexico[1]. Il en rapporta en France un certain nombre qu’il présenta au public français – des scènes de villages, des portraits, des paysages – qui piquèrent la curiosité du public et furent très appréciées.

Pingret, dont le musée de Versailles conserve plusieurs scènes militaires et historiques, fut aussi le portraitiste de nombreuses personnalités de l’époque, telles que Stanislas Ferrière, Marc-Marie, marquis de Bombelles, le graveur Hippolyte Brasseur, le chef arabe Ahmed-ben-Ferruch, bach-agha des Ouled Aiad, rallié à la France et au duc d’Aumale, ou encore le pittoresque dentiste Fattet.

Ici, c’est un chef de la tribu des Séminoles que peint Pingret. Ce peuple autochtone, composé d’Amérindiens principalement issus de la nation Creek (Lower Creeks) et venus de Géorgie, d’Alabama et du Mississippi, s’était réfugié en Floride au XVIIIᵉ siècle. Les Séminoles accueillirent et intégrèrent des esclaves afro-américains en fuite, formant ainsi une société mixte, dite des Black Seminoles. Ils résistèrent farouchement à la domination américaine durant les trois guerres séminoles (1817–1858), se retranchant dans les marais des Everglades et opposant une guérilla si efficace qu’ils ne furent jamais vraiment vaincus ni soumis.

À la fin de la Seconde Guerre séminole (1835–1842), pourtant, de nombreux Séminoles et leurs alliés afro-séminoles furent contraints à l’exil. Tandis qu’une partie d’entre eux était déportée vers le Territoire indien (actuel Oklahoma), un autre groupe, refusant la tutelle américaine, choisit de traverser le Rio Grande pour s’établir au Mexique.

En 1850, le gouvernement mexicain, souhaitant peupler et sécuriser la frontière du Nord contre les incursions des Comanches et des Apaches, leur accorda des terres dans l’État de Coahuila, près de Nacimientos de los Negros. En échange, les Séminoles s’engagèrent à défendre le territoire. Ils furent bientôt connus sous le nom de Mascogos (dérivé de Muscogee, terme désignant les Creeks).

Ces Séminoles du Mexique – communauté mêlant Amérindiens, Afro-Américains et métis – préservèrent longtemps leurs langues, leurs chants et leurs rituels d’origine, tout en adoptant certaines coutumes mexicaines. Leurs descendants vivent encore aujourd’hui à El Nacimiento, où ils perpétuent des traditions afro-séminoles uniques, comme la danse du Capeyuye et la commémoration du 19 juin (Juneteenth), fête de la liberté héritée de leurs ancêtres fugitifs.

Cette œuvre montre que Pingret, établi lui-même au Mexique dans les années 1850, a probablement été fasciné par ces Séminoles réfugiés sur le sol mexicain, figures de résistance et de dignité. Le portrait du chef séminole associe son goût du pittoresque – ici de l’exotisme – à son intérêt sensible et réel envers un peuple ayant choisi l’exil plutôt que la soumission. Pingret reprit cette étude du chef Piel-de-Tigre (le mot tigre faisant ici référence à un puma ou un jaguar) dans un tableau réalisé au Mexique, le représentant dans un village mexicain avec la population locale, ce qui témoigne de la cohabitation entre ces peuples.