Jean-Baptiste Pillement "Jean-Baptiste Pillement" Matin : vue sur le fleuve Tage avec des pêcheurs sur le rivage Soir : paysage fluvial rocheux au coucher du soleil avec des bergers et leurs troupeaux
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Pillement

Jean-Baptiste

Lyon 1728 – Lyon 1808

Jean-Baptiste-Marie Pierre "Jean-Baptiste-Marie Pierre" Moïse sauvé des eaux The finding of Moses

Matin : Vue sur le fleuve Tage avec des pêcheurs sur le rivage

Jean-Baptiste-Marie Pierre "Jean-Baptiste-Marie Pierre" Moïse et les filles de Jethro Moses and the daughters of Jethro

Soir : Paysage fluvial rocheux au coucher du soleil avec des bergers et leurs troupeaux

Matin : Vue sur le fleuve Tage avec des pêcheurs sur le rivage (1)

Soir : Paysage fluvial rocheux au coucher du soleil avec des bergers et leurs troupeaux (2)

Pastel.
Signé et daté J[ean] Pillement / 1782 en bas à gauche (1).
Signé Jean Pillement / 1782 en bas à gauche (2).
674 × 955 mm (26 1/2 × 37 1/2 in.)

Provenance

Collection Ricardo do Espírito Santo e Silva (1900-1955); sa fille Ana Maria do Espírito Santo Bustorff Silva (1928-2014); sa vente Christie’s, Londres, 29 avril 2015, lot 70 (illustré sur la couverture du catalogue) ; collection privée.

Bibliographie

Neil Jeffares, Dictionary of pastellists before 1800, J. 592.196 et J. 592.197, édition online

Exposition

Saldanha et A. Araújo, Jean Pillement 1728-1808, e o paisagismo em Portugal no século XVIII, Lisbonne, Fondation Ricardo do Espirito Santo Silva, 1996, p. 99, n° 18 et p. 103, n° 22 (avec une erreur de dimensions).

Jean-Baptiste Pillement, dit Jean Pillement, peintre de paysages et de fleurs, s’illustra dans de nombreux médias — huile, aquarelle, crayon, plume, pastel — et dans une grande variété de genres, hormis l’histoire et le portrait. Il produisit des fleurs, des scènes animalières, des paysages et des marines, restituant sans relâche une nature recomposée à des fins décoratives mais toujours pittoresque, plaisante ou impressionnante.

Dans sa jeunesse, Pillement commence son apprentissage auprès de son père Paul et de son oncle Philippe, qui le destinent au dessin de fleurs, une tradition lyonnaise étroitement liée aux manufactures de tissus. Élève du peintre Daniel Sarrabat (1666–1748) et peut-être du fils de celui-ci, il fréquente également les Gobelins, dans l’atelier du peintre de fleurs Jean-Marc Ladey (1710–1749). Dès 1745, il voyage en Espagne et séjourne quelque temps à Madrid. En 1750, il se trouve au Portugal, où il occupe divers emplois, dont celui de peintre à la Fabrique royale de soie de Lisbonne. À Londres, de 1754 à 1760, il publie A New Book of Chinese Design et s’affirme comme une figure incontournable des chinoiseries – une mode alors nouvelle – notamment grâce à la réalisation, en 1757, d’une série de décorations chinoises pour l’acteur David Garrick (1719–1779).

Pillement entreprend ensuite une succession de voyages qui achèvent d’asseoir sa renommée internationale : en Italie en 1762, puis en Autriche en 1763-1764, où il laisse des chefs-d’oeuvre d’art décoratif tels que la salle des Porcelaines à Schönbrunn ou le salon Bleu pastel au Blauer Hof de Laxenbourg (oeuvres en superbe camaïeu de bleu et au pastel, aujourd’hui conservées au Museen der Stadt Wien). Après le refus de Charles-Nicolas Cochin (1715–1790) de le nommer directeur en France d’une manufacture d’impression sur étoffes, il part pour la Pologne en 1765-1767, où il participe à de nombreux travaux, dont un appartement chinois pour le roi dans sa demeure d’Ujazdów. Il collabore avec Jan Ścisło (1729–1804) et le portraitiste Per Krafft (1724–1793) à de nombreux projets, parmi lesquels la décoration du Cabinet royal. Nommé peintre du roi de Pologne, il repart pourtant pour la France où, au cours d’un bref séjour, il est nommé peintre de la ville d’Avignon et expose à l’Académie de Toulouse avant de repartir pour Londres.

Ses paysages rencontrent un succès croissant et, en 1778, il reçoit une commande de trois tableaux pour le Petit Trianon. Lors de son second voyage au Portugal, il travaille pour la reine Marie Iere du Portugal et pour l’aristocratie, dont le marquis de Marialva, à Sintra. Il reçoit la mission de représenter, en plusieurs versions, le naufrage du navire espagnol San Pedro de Alcantara sur les côtes portugaises. Les tableaux sont offerts au comte espagnol Fernán Núñez. Plusieurs versions sont conservées à l’Instituto Português do Património Cultural de Lisbonne et au Prado, à Madrid. En 1789, il s’installe à Pézenas, dans le Languedoc, où il se rapproche du peintre Jacques Gamelin (1738–1803) et participe au Salon de l’Académie de Toulouse. Il travaille jusqu’à Bordeaux, produisant de nombreux paysages qui demeurent très recherchés par les amateurs. Il finit sa vie à Lyon, sa ville natale, où il continue de peindre jusqu’à la fin.

Ces deux pastels, d’une taille exceptionnelle, ont été réalisés en 1782, lors du second séjour de l’artiste au Portugal, période généralement considérée comme l’apogée de sa carrière : l’artiste est alors en pleine possession de ses moyens techniques et compose des oeuvres ambitieuses et maîtrisées, renouvelant avec assurance son vocabulaire pictural.

Pillement répéta à plusieurs reprises, en variant les figures et les éléments accessoires, les deux compositions que nous présentons, preuve de leur succès parmi les commanditaires et les amateurs. Ainsi, un autre pastel, montrant une vue très proche de la rivière mais en sens inverse, fut présenté chez Christie’s¹. Un Paysage de montagne, sur une route, un homme sur un âne, conservé au musée du Louvre² est également très comparable à notre paysage fluvial rocheux, bien que de plus petite taille. On peut également rapprocher de cette oeuvre un Paysage avec des bergers et une tour, dans une collection privée³. La Vue sur le fleuve Tage est enfin reprise dans une huile sur toile, Une baie avec des pêcheurs à l’ouvrage, signée et datée de l’An VII (1798-1799), accompagnée de son pendant (collection privée)⁴. Les deux pastels sont ici associés pour constituer une paire évoquant deux moments de la journée, le matin et le soir, une pratique courante chez les collectionneurs de paysages au XVIIIe siècle.

  1. Christie’s, Londres, 7 juillet 2000, lot 100.
  2. Paris, musée du Louvre, Inv. RF 29472, 54 x 67 cm; M. Gordon-Smith, Pillement, Cracovie, 2006, p. 270, n° 265.
  3. Saldanha et Araújo, voir bibliographie, p. 101, n° 20.
  4. Gordon-Smith, op. cit., p. 275, n° 275, illustré.