Julien Gué "Julien Gué" L'Effroi Study for the expression of Fright
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Gué

Julien-Michel

Cap-Haïtien (Haïti) 1789 – Paris 1843

Julien Gué<br />
"Julien Gué"<br />
L'Effroi<br />
Study for the expression of Fright

Etude de tête d’expression : l’Effroi

Huile sur toile. Signé et daté Güé 1814 au revers.
55 x 46 cm (10 ⁵/8 x 18 ¹/8 in.)

Cette œuvre, rare témoignage du travail de Güe, se rattache au concours académique de la « tête d’expression¹ », destiné à évaluer la capacité des élèves à transmettre, en un temps limité, une émotion particulière – compétence essentielle à la peinture d’histoire – en peignant la tête (jusqu’à la naissance des épaules) d’un modèle adoptant une expression déterminée, le plus souvent une jeune femme aux talents de comédienne.

Son auteur, Julien Michel Güe, né en Haïti mais revenu à Bordeaux après l’assassinat de son père en 1794, entre en 1813 dans l’atelier de Jacques-Louis David (1748–1825), où il se prépare à concourir à trois reprises pour le Grand Prix de peinture en 1813, 1815 et 1816. Il n’obtiendra que la troisième place, mais cela ne l’empêchera pas d’être actif à Paris jusqu’à sa mort, pratiquant tous les genres de peinture et exposant au Salon régulièrement à partir de 1819. Actif dans les genres du portrait, de la peinture d’histoire et de la scène religieuse – telles que Jésus devant Caïphe (Bordeaux, musée des Beaux-Arts), Les Saintes Femmes au tombeau du Christ (Rennes, musée des Beaux-Arts) et Le Dernier Soupir du Christ (musée de Picardie, Amiens) – il contribue également aux Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France du baron Taylor. Son intérêt pour les paysages pittoresques perdure jusque dans les années 1840, comme en témoignent sa Vue générale du Puy-en-Velay (musée Crozatier) ou encore La Sortie de la messe (1841), gravée en 1844 par Henri Berthoud et publiée dans L’Amalgame. Son autoportrait, daté d’environ 1825 et conservé au musée des Arts décoratifs et du Design de Bordeaux, révèle l’empreinte de la peinture anglaise, notamment celle de Sir Thomas Lawrence (1769–1830), qui avait rencontré un vif succès au Salon de 1824. S’ajoutent encore à son activité ses décors pour le Théâtre de la Gaîté, l’Opéra-Comique et le Panorama Dramatique, fameuse salle de théâtre du boulevard parisien, ainsi que ses projets pour la manufacture de papiers peints Zuber.

Le gagnant du concours de la tête d’expression de 1814 est LouisÉdouard Rioult (1790–1855), comme en 1813 pour L’Admiration mêlée de surprise. Sa tête représentant L’Effroi est conservée à l’École des Beaux-Arts de Paris (MU 3078). Une autre étude de la même femme, de dimensions un peu plus importantes, et prise d’un angle légèrement différent, est aujourd’hui conservée au Wadsworth Atheneum (Hartford, Inv. 1941.601). Longtemps attribuée à Antoine-Jean Gros (1771–1835), elle doit être reconsidérée comme l’oeuvre de l’un des participants du concours de 1814, peut-être Amable Louis Claude Pagnest (1790– 1819)². Enfin, une version par Victor Schnetz (1787–1870) est également connue, prise depuis la droite du modèle cette fois, conservée au musée du Château de Flers (inv. 955.1.1). Fait notable, l’oeuvre anonyme d’Hartford, celle de Schnetz et la nôtre se distinguent par une maîtrise supérieure à celle du lauréat. Güe ne vise nullement à idéaliser les traits de la jeune femme, mais à restituer la tension expressive : sourcils froncés, front contracté, bouche entrouverte et regard inquiet. La robe grise, les boucles de ses cheveux, la lumière sur son visage attestent la pleine maîtrise technique de l’artiste encore en formation. Malheureusement, il n’existe pas de liste précise des jeunes participants aux concours de la tête d’expression, ce qui aurait permis une attribution plus certaine de la tête conservée à Hartford.

  1. Ce concours académique annuel organisé au mois d’août fut instauré en 1760 par le du comte de Caylus, afin de perfectionner le talent des peintres de l’Académie dans la représentation des passions. À partir de 1809, la durée de l’épreuve fut portée à douze heures, réparties en trois séances.
  2. Il ne peut certainement pas s’agit d’une oeuvre de Gros qui en 1814 n’était plus élève de l’Académie et qui reprendra en 1816 la direction de l’atelier de David, alors en exil.