Giacinto Gigante<br />
"Giacinto Gigante"<br />
Vue de mer, Capri<br />
Sea view from Capri
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Gigante

Giacinto

Naples 1806 –  Naples 1876

Giacinto Gigante<br />
"Giacinto Gigante"<br />
Vue de mer, Capri<br />
Sea view from Capri

Vue de mer, Capri

Monogrammé, situé et daté G. G. Capri, 30 luglio 1837 en bas au centre.
Inscription en allemand partiellement lisible au verso : die ganze linke Partie […] in Schatten […] die Lufttonfläche […] gelben Tönen.
382 × 554 mm (15 ¹/16 × 21 ¹³/16 in.)

Cette grande huile sur papier, superbe étude de bord de mer, résulte de l’observation attentive de la nature menée par Giacinto Gigante, artiste napolitain et principal représentant de l’école de Posilipo.

Initié dès son plus jeune âge à la peinture par son père, Gaetano Gigante, Giacinto entre ensuite dans l’atelier du peintre Jacob Wilhelm Hüber (1787–1871) où, avec son ami Achille Vianelli (1803–1894), il apprend à utiliser la chambre optique, un outil qui permet de tracer avec exactitude les contours d’un paysage sur un calque. Ce savoir-faire lui vaut d’être nommé dessinateur topographe à l’Office royal de topographie, où il pratique l’aquarelle et la lithographie pour la réalisation de la Carta topografica e idrografica di Napoli e dintorni. Ces techniques lui donnent une grande aisance pour reproduire en peinture des vues de Naples et de ses environs, très appréciées des touristes.

Mais c’est véritablement au contact d’Anton Sminck van Pitloo (1790–1837) que Gigante accède à une nouvelle dimension, libérant progressivement sa touche et son style de ces apprentissages techniques pour atteindre une réelle spontanéité. Un séjour à Rome en 1826, passage obligé pour tout peintre ambitieux, parachève sa formation. De retour à Naples, son mariage avec la sœur de son ami Achille Vianelli, lui aussi élève de Pitloo, consolide ce groupe de paysagistes qui deviendra la Scuola di Posilipo. Ses relations avec le peintre Sylvestre Chtchédrine (1791–1830) dans les années 1820 le font connaître et apprécier des milieux aristocratiques russes, dont il devient rapidement l’un des artistes favoris. Gigante réalise également des dessins destinés à être lithographiés pour illustrer le Viaggio pittorico nel Regno delle Due Sicilie, publié entre 1830 et 1833 par Domenico Cuciniello et Lorenzo Bianchi. Au début des années 1850, il travaille au sein de la famille de Ferdinand II, roi des Deux-Siciles, comme professeur de peinture des princesses, qu’il accompagne dans les résidences royales de Caserte, d’Ischia et de Gaète. Nommé cavaliere dell’Ordine di Francesco I, il est aussi fait professeur honoraire de l’Accademia di Belle Arti di Napoli et participe à l’Exposition universelle de 1867.

Ses oeuvres, très recherchées par les touristes du Grand Tour, évoquent de manière presque documentaire les activités humaines dans les rues napolitaines. Elles n’en demeurent pas moins empreintes de poésie, traduisant parfois merveilleusement la mélancolie de la cité parthénopéenne, la foi inquiète et superstitieuse de ses habitants ou encore la sérénité de la côte amalfitaine. Ses paysages, à l’huile ou à l’aquarelle, sont baignés d’une lumière vive, que l’on retrouve dans cette grande huile sur papier aux coloris éclatants, témoignant de sa facilité à saisir, d’un pinceau fluide, le mouvement des flots, les reflets de l’eau, les variations de la couleur du sable et la lumière rosée. Il s’agit d’oeuvres prises sur le motif, peut-être ensuite retravaillées en atelier.

L’œuvre est datée du 30 juillet 1837, soit un peu plus d’un mois après le décès de Pitloo, emporté par le choléra. Gigante devient alors le véritable chef de file de ces védutistes napolitains, rejoints parfois par des artistes étrangers, souvent germaniques ou danois. Le verso de notre feuille comporte des inscriptions en allemand, indiquant que Gigante était vraisemblablement accompagné dans ses pérégrinations par un artiste germanique. Le peintre poursuit ainsi la pratique apprise auprès de son maître – l’étude de la nature sur le motif. Bien que Gigante et ses compagnons aient fréquemment exercé cet art, peu d’exemples nous en sont parvenus. Celui-ci en constitue un témoignage magistral.