de Bonneval
Gabriel André
Coussac-Bonneval 1769 – Saint-Myon 1839
Bouquet de fleurs sur le rebord d’une fontaine : lys impérial, tulipe, roses trémières doubles, lys blanc, gerbera, pivoines, roses blanches, roses, ipomées et œillets
Huile sur toile
Signe et daté G A de Bonneval 1810 en bas à droite
117 x 91 cm (46 3/8 x 35 7/8 in.)
Probablement Paris, Salon de 1810, n° 100.
Peintre amateur, Gabriel André de Bonneval est encore peu connu. Issu d’une famille d’extraction chevaleresque admise aux honneurs de la cour en 1786 et 1789, il fut élève à l’école royale militaire d’Effiat, probablement en même temps que Louis Charles Antoine Desaix qui était appelé à devenir un grand général des campagnes napoléoniennes. Bonneval entra ensuite comme page de la Grande Écurie en 1783. Sous-lieutenant en 1787 à Clermont, capitaine au régiment de Poitou et au régiment de Berry pendant la Révolution, capitaine des Gardes à cheval à la garde constitutionnelle du Roi, Bonneval fut grièvement blessé pour avoir vaillamment défendu le domaine de Chantilly, ce qui lui valut la reconnaissance de Condé et l’ordre de Saint-Louis. À peine remis, il fut emprisonné pendant quinze mois à l’issue desquels il fut libéré par son geôlier et réussit à émigrer. Selon les Illustrations de la noblesse européenne, « lors de la formation des haras, en 1806, il fut recherché par Napoléon et depuis cette époque jusqu’en 1832, il a commandé avec les titres de directeur et d’inspecteur-général adjoint à Tarbes, à Pompadour, puis au Pin ». Il se serait retiré en Auvergne, à Saint-Myon où, continue l’abbé d’Ormancey, il se serait occupé du « dépouillement de ses notes et dessins sur les haras[1] ». À l’origine d’une nouvelle race de cheval, il fut homme de terrain, comprenant la nécessité de relancer la production régionale et de veiller à son amélioration par le canal des étalons.
Ce même Bonneval, militaire et homme de cheval, fut aussi peintre. Cette activité est attestée non seulement par sa signature mais aussi par les témoignages de ses descendants qui possèdent certaines de ses œuvres, tableaux de fleurs ou de chevaux. Il faut se souvenir que les écoles militaires, à l’image de l’École polytechnique, formaient leurs élèves au dessin et conservaient souvent des collections dans un but pédagogique. La place de l’enseignement du dessin (et du « lavis de plan ») pour tous les élèves a été soulignée dans les études consacrées à l’école royale militaire d’Effiat[2]. Les plus privilégiés, dont devait faire partie le comte de Bonneval, bénéficiaient également de cours de peinture et de musique. Cette compétence artistique s’est probablement révélée utile pendant sa fonction à la tête des haras. Il existe d’ailleurs une série de lithographies d’après des tableaux de chevaux de sa main. Chaque cheval, d’une race différente, est placé debout devant un paysage en rapport avec celle-ci. Le circassien, par exemple, se tient devant Istanbul. L’un d’entre eux est représenté devant le Haras du Pin, bien reconnaissable en arrière-plan, pour lequel il existe un dessin préparatoire au lavis (et en sens inverse, naturellement) dans une collection privée.
Le livret du Salon de 1810 mentionne un tableau de fleurs par Bonneval, élève de Van Dael ; il s’agit très certainement de notre tableau. Arrivé en France en 1786, Jan Frans Van Dael avait connu un succès rapide, notamment auprès des impératrices Joséphine, puis Marie-Louise. Il tenait, dans son atelier de la rue des Feuillantines, une école de peinture pour dames, représentée dans un tableau de Philippe Van Brée (galerie de Worcester), mais forma également certains de ses compatriotes qui, à leur tour, venaient tenter de faire carrière à Paris. Bien qu’il ne soit pas aisé de comprendre comment et à quel moment le directeur des haras a pu bénéficier de son enseignement, l’influence du peintre anversois est évidente dans cette œuvre de Bonneval qui rappelle par exemple Le Tombeau de Julie ou L’Offrande à Flore, deux œuvres peintes par le maître au début du XIXe siècle et aujourd’hui conservées à Rueil Malmaison (inv. MM 95.16.1 and MM. D. 16). On reconnaît sur notre tableau les espèces habituellement utilisées par Van Dael, ainsi que sa manière très spécifique de composer un bouquet : les fleurs blanches et jaunes sont assemblées au centre, encadrées par les rouges, en alternance avec les bleues et les mauves, tandis que les roses sont sur les bords et souvent dans le bas. Les insectes, ici le papillon et l’abeille qui sont les compagnons naturels des fleurs, permettent au peintre d’animer sa composition et de démontrer son habileté
La pratique du dessin et de la peinture étant très répandue au sein des familles jusqu’au xixe siècle, il existait de nombreux artistes amateurs dont la production n’est pas toujours facile à identifier. Cependant, la précision du dessin de chacune des fleurs, la fraîcheur de la composition et l’ambition du format révèlent dans cette œuvre un talent rare chez la plupart des simples amateurs, certainement le fruit d’une véritable formation ou d’une pratique très assidue, sinon d’un talent remarquable.
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Abbé d’Ormancey, Illustrations de la noblesse européenne, vol. 2, p. 117.
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Olivier Paradis, « Desaix, le collégien d’Effiat », Annales historiques de la Révolution française [en ligne], 324 | avril-juin 2001, mis en ligne le 22 mai 2006, consulté le 13 décembre 2017. URL : http://journals.openedition.org/ahrf/346 ; DOI : 10.4000/ahrf.346.

