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Ecole Française

XIXe siècle

Portrait d’une jeune Italienne

Huile sur toile
55 x 46 cm (21 1/2 x 18 in.)

Le portrait de la jeune italienne est un grand classique de l’art européen du XIXe siècle : pour les jeunes peintres français mais aussi allemands, suisses ou scandinaves, le séjour italien se gagne par le biais des concours académiques et prouve leur valeur ou s’obtient par le moyen de financements privés. Tous espèrent faire ce voyage, sésame vers une belle carrière. Une fois sur place, ils sont séduits non seulement par les vestiges antiques, les paysages et la lumière mais aussi par les beautés méridionales, le pittoresque et les couleurs de leurs costumes, leurs bijoux d’or et de corail, leur aspect sauvage et sensuel.

Camille Corot, Jacques Raymond Brascassat, Guillaume Bodinier par exemple, et parmi tant d’autres, multiplient les études de paysannes italiennes debout ou assises dans leurs costumes, au cours de leur séjour dans les années 1820. Bien que simple esquisse, notre tableau rappelle certaines œuvres de Bodinier : les personnages du Contrat de mariage de 1825 ou la magnifique Femme de Velletri avec sa robe drapée blanche (tous deux à Angers, musée des Beaux-Arts) peuvent évoquer la jeune fille de notre tableau par leur aspect direct, scrutateur et monumental. Lors d’un second voyage dans les années 1830 et 1840, Bodinier peindra de plus grandes scènes comme Le Contrat de mariage (Paris, musée du Louvre) ou Jeune fille italienne à la fontaine (Angers, musée des Beaux-Arts) dont l’aspect farouche rappelle notre jeune italienne. Mais la finesse de la touche et la rondeur raphaélesque des formes chez Bodinier ne se retrouvent pas complètement dans notre tableau.

Certains, comme Léopold Robert, s’en font une spécialité; tout au long de sa courte carrière, l’artiste suisse ne produira quasiment que des scènes italiennes, pittoresques et sentimentales. Pour beaucoup, cette production italienne continue de retour à Paris, dans les ateliers, avec les notes et les esquisses prises en Italie ou plus tard, avec les modèles italiens de la capitale, par exemple la jeune Pasqua Maria. Dans les années 1860, Léon Bonnat peint des jeunes gens italiens qui connaissent un grand succès ; la princesse Mathilde Bonaparte lui en achètera deux. Certains de ses portraits italiens évoquent le tableau que nous présentons, notamment par l’usage d’un fond sombre. Bonnat réalise aussi de plus grandes scènes sur les thèmes italiens, telles que Les paysans napolitains devant le palais Farnèse à Rome. Ernest Hébert propose quant à lui au public parisien de jeunes italiennes, dont les expressions sont très différentes de la nôtre. De plus en plus chétives et malingres, elles finiront par lasser le public par leur sentimentalisme.

Tout au long du siècle, la jeune italienne demeure donc une image appréciée, bien que ce qu’elle suggère au public évolue. Il est difficile d’attribuer et de dater cette esquisse, qui par son sujet pourrait dater des années 1830 mais dont le fond sombre évoquerait plutôt les années 1850-1860. Bien que représentant une très jeune fille, l’image n’a rien de mièvre ni de sentimental ; un charme certain émane de l’expression attentive et du regard sérieux du jeune modèle.