Earle
Ferdinand Pinney
New York 1878 – Hollywood 1951
Vue nocturne de la côte basque, probablement Saint-Jean-de-Luz, 1932
Huile sur panneau.
Signé, localisé et daté FERDINAND EARLE ASCAIN 1932 en bas à droite.
33 × 32,5 cm (13 × 12 ¾ in.).
Le peintre Ferdinand Pinney Earle était issu d’une famille new-yorkaise fortunée et solidement établie. Son père, qui portait exactement le même nom que lui, était général de l’armée américaine et propriétaire de plusieurs hôtels prestigieux, tels que l’Hotel Normandie, situé à l’angle de Broadway et de la 38e Rue, l’Hotel Netherland, ainsi que le Normandie-by-the-Sea à Sea Bright, dans le New Jersey.
Dès sa jeunesse, Earle, envoyé à Oxford pour y étudier la littérature, manifesta une forte inclination pour l’art. Toutefois, ce Ferdinand, décrit comme « beau, aristocratique, doté d’une éloquence dévastatrice » 1, se tourna vers le cinéma, à l’instar de son frère William, et commença à travailler pour différents studios, notamment celui de Samuel Goldwyn, devenu la Metro-Goldwyn-Mayer en 1924. Ses talents de peintre et d’écrivain lui permirent de collaborer à de nombreux projets d’importance. Désireux de produire ses propres films, il fonda une nouvelle société avec l’impresario Theodor Ahrens et se lança dans un ambitieux projet de film consacré à Omar Khayyâm. Des acteurs et danseurs de renom, tels que Frederick Warde, Hedwiga Reicher, Kathleen Key et Ramon Novarro, furent engagés. Le projet échoua cependant en raison de multiples litiges juridiques opposant Earle à Ahrens. En 1922, une partie du film fut néanmoins présentée aux dirigeants du studio et à des célébrités du cinéma, qui apprécièrent unanimement la grande beauté et le raffinement des décors, tout en jugeant son esthétisme trop élitiste, ce qui entraîna l’absence de tout soutien financier. La production fut alors abandonnée.
Ferdinand se consacra ensuite à la décoration cinématographique et travailla notamment sur les décors de Ben Hur, Daddy Long Legs et d’autres films. Mais surtout, Ferdinand était un véritable mondain, l’un des « plus emblématiques bohèmes de la haute société » 2, un « aventurier romantique au mépris cavalier du mariage » 3. La presse américaine, empreinte de moralisme, le prit souvent pour cible en raison de cette attitude, de ses divorces et de ses nombreuses conquêtes. Sa personnalité éclatante se nourrissait de multiples talents : la poésie, la musique et, enfin, la peinture, qu’il étudia, selon Leonard Abbott, à Paris auprès de Bouguereau et de Whistler. « La première fois que je rencontrai Ferdinand Earle, c’était à Normandie-by-the-Sea. Il peignait à la lumière de la lune. Il avait encore la palette à la main et me montra, avec fierté, un délicieux petit tableau qu’il venait d’achever »4, se souvenait le penseur politique, qui initia le peintre aux idées socialistes.
En 1930, Earle s’installa à Ascain, près de Biarritz, au Pays basque, où il fit construire une maison inspirée des habitations des pueblos mexicains de Santa Fe. Son plan en forme de revolver et ses tours fantaisistes évoquant des minarets valurent à la demeure le surnom de « maison folle » auprès des habitants. De nombreuses personnalités y furent reçues, parmi lesquelles Charlie Chaplin, Joséphine Baker et Le Corbusier. Cette vue nocturne de la côte, réalisée par l’artiste durant l’été 1932 alors qu’il séjournait à Ascain — localité située davantage dans l’arrière-pays — pourrait représenter Saint-Jean-de-Luz, station balnéaire très en vogue à l’époque. Elle démontre que, bien que les œuvres d’Earle soient rares sur le marché de l’art, il continua toute sa vie à peindre avec talent et sensibilité, pour lui-même et pour ses amis, parallèlement à sa carrière de décorateur de cinéma.
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David S. Shields, Still : American Silent Motion Picture Photography, University of Chicago Press, 2013, p. 222.
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Op.cit., p. 222.
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Op.cit., p. 222.
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Leonard Dalton Abbott, 1878-1953, “A Few Words about Ferdinand Earle,” Mother Earth 2, n° 8 (octobre 1907), consulté sur The Libertarian Labyrinth, http://library.libertarian-labyrinth.org/items/show/1313.

