Dubois dit Dubois-Drahonnet
Alexandre-Jean
Paris 1790 – Versailles 1834
Portrait de Bon Ignace Ezéchiel de Barolet, officier de la Garde du Roi
Huile sur toile avec tampon Étienne Rey, 46 rue de l’Arbre-Sec, au revers. Signé et daté Dubois de ver[ailles] en bas à gauche. Ancienne inscription M. de Barolet sur le châssis.
60 x 50 (23 ⁵/8 x 19 ¹¹/16 in.)
Provenance
Par héritage aux descendants du modèle ; Saint-Cloud, Le Floch, vente du 12 octobre 2025, lot 20.
Ce superbe portrait d’un jeune officier aux yeux vairons est signé et daté de 1817 par Alexandre-Jean Dubois, jeune peintre formé à Paris et installé à Versailles. Ayant échappé aux conscriptions de 1811 et de 1812, il s’était engagé volontairement en 1813 dans le 2e régiment de chevau-légers lanciers, les célèbres lanciers rouges de la Garde impériale, héritiers de l’ancienne Garde royale hollandaise. Ce régiment, souvent tenu en réserve et offrant de meilleures chances de survie, était très recherché : une lettre au préfet et une contribution annuelle de 300 francs étaient nécessaires pour y être admis.
À Versailles, la Garde impériale autorisa plusieurs peintres à travailler dans ses écuries. Jacques-François Swebach-Desfontaines (1769–1823) peignit ainsi les chevaux de l’Empereur sur les assiettes de son service particulier, tandis que Pierre Martinet (1781–?) réalisa pour Sèvres une série de portraits de chevaux. Alexandre Ivanovitch Sauerweid (1783–1844) et Horace Vernet (1789–1863) reçurent eux aussi des commandes. Géricault (1791–1824), qui accompagnait probablement Vernet, y passa du temps et semble avoir rencontré Dubois : son portrait apparaîtrait dans un dessin du Louvre (RF 29109).
Contrairement à ces artistes toutefois, c’est la figure humaine, davantage que les chevaux, qui intéressait Dubois. Formé auprès de Jean-Baptiste Regnault (1754–1829) à l’École des Beaux-Arts, où plusieurs de ses dessins de jeunesse sont conservés, il avait déjà exposé des portraits au Salon de 1812. Rapidement, ses compagnons d’armes sollicitèrent son talent : le colonel-major Charles-Marie-Joseph Dubois de Ferrière, le général Édouard Colbert, colonel des lanciers rouges, ou encore Guillaume Gervais Millet, chirurgien-major du 2e régiment des cuirassiers de la Garde royale, lui commandèrent leurs effigies et des portraits de famille. Il portraitura également des figures versaillaises telles que le docteur René-Théophile Laennec, ainsi que ses compagnons de caserne comme par exemple le superbe Portrait de Pierre-Symphorien Brou, officier de la maison militaire du Roi peint en 1818 et aujourd’hui dans une colleciton privée (Fig. 1).
Nommé maréchal des logis mais affaibli par la maladie, Dubois ne suivit pas son régiment dans la campagne de l’Est. Resté à Versailles, il se consacra entièrement à la peinture. Congédié, comme nombre de jeunes officiers, après la chute de Napoléon, il profita néanmoins de son passage dans la Garde impériale, qui lui avait offert un terrain d’observation et d’étude incomparable, et participa au Salon dès 1814.
Après avoir quitté l’armée, Dubois demeura à Versailles, où il continua à peindre militaires et notables. En 1817, il épousa Élisabeth Cornélie Drahonet, fille du peintre décorateur Pierre Drahonet. À la mort de ce dernier, il ajouta son nom au sien et reprit l’entreprise de peinture décorative familiale. Il bénéficia alors d’un réseau professionnel de tout premier plan, comprenant notamment les architectes Alexandre Dufour et Hector Lefuel, dont il réalisa les portraits.
Ses liens avec le milieu des marchands parisiens sont attestés par l’adresse qu’il donne dans les livrets du Salon : 46 rue de l’Arbre- Sec, adresse de la boutique du marchand de toiles Étienne Rey. En 1816, celui-ci développa, avec l’ingénieur Jean Léonor Mérimée, une toile à la fois imperméable et absorbante. Le tableau présenté ici est exécuté sur l’une de ces toiles, comme l’indique le tampon au revers, témoignant de l’intérêt de Dubois-Drahonet pour les innovations techniques élaborées alors par les marchands de toiles et de couleurs en collaboration avec des chimistes.
L’élégant et romantique jeune homme représenté ici fut d’abord identifié comme Camille de Lacroix ; pourtant, aucun officier de ce nom ne reçut la Légion d’honneur à cette période. Une ancienne inscription « M. de Barolet », tracée au crayon sur le châssis, permet une identification plus cohérente : il s’agirait de Bon Ignace Ézéchiel de Barolet (1795–1844). D’abord carabinier, il rejoignit les gardes du corps du Roi le 15 juin 1814 dans la compagnie de Noailles, participa aux campagnes de 1813 et de 1814 sous le général Saint-Germain, suivit le Roi en Belgique le 25 mars 1815 et fut nommé chevalier de la Légion d’honneur le 28 janvier 1815. L’autre décoration visible est l’ordre du Lys, créé par Louis XVIII le 26 avril 1814 pour récompenser les fidèles de la cause royale, puis étendu aux membres de la garde nationale le 9 mai.
Cette période passée dans la Garde impériale marque un tournant dans la carrière de Dubois : ses portraits gagnent alors en assurance et en présence. Dans l’oeuvre présentée ici, le contraste entre le modelé lisse du visage et les passementeries plus empâtées révèle la liberté et la maîtrise de son pinceau. La vivacité du regard, la distinction naturelle de l’expression et la liberté de la chevelure traduisent la fougue et la droiture du jeune modèle. Les yeux vairons, rareté génétique rarement mise en avant en peinture, renforcent encore la singularité et le caractère préromantique du portrait.
La carrière de Dubois-Drahonet prit bientôt une dimension internationale. Grâce à ses liens hollandais, il fut chargé de peindre les souverains des Pays-Bas. En 1831, il fut invité à Londres pour exécuter une centaine de portraits de militaires britanniques illustrant les nouveaux uniformes sous Guillaume IV. Il entreprit un travail similaire en France, aujourd’hui conservé au musée de l’Armée (dépôt du château de Versailles). Dubois-Drahonet demeure également célèbre pour ses portraits de la duchesse de Berry, de son fils le duc de Bordeaux et, aux Pays-Bas, pour ceux du roi Guillaume II et de ses enfants. Ses portraits féminins comptent parmi les plus raffinés de son époque, comparables aux meilleures oeuvres d’Anne-Louis Girodet. En 2024, le musée Lambinet de Versailles lui a consacré une exposition, soulignant l’importance d’un artiste encore trop peu connu.

