Denys Calvaert<br />
"Denys Calvaert"<br />
Calvaert Denys - Sainte famille avec Saint Jérôme et Saint Jean-Baptiste enfant<br />
Holy Family with St Jerome and St John the Batipst
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Calvaert

Denys

Anvers, vers 1540 – Bologne 1619

Denys Calvaert "Denys Calvaert" Calvaert Denys - Sainte famille avec Saint Jérôme et Saint Jean-Baptiste enfant Holy Family with St Jerome and St John the Batipst

Sainte famille avec Saint Jérôme et Saint Jean-Baptiste enfant

Huile sur cuivre.
Signée et datée en bas au centre : CALVA … T … / … CIT / 158 ? …
50,4 x 39,6 cm (19 ¹⁵/16 x 15 ⁵/8 in.)

Provenance

Famille Von Planta, Samedan, par tradition familiale acquise dans les années 1920, bien que peut-être acquise plus tôt ; Londres, Sotheby’s, 3 décembre 2014, n° 18; collection privée, Bruxelles.

Cette magnifique Sainte Famille exécutée sur cuivre est signée et datée par Denys Calvaert. Elle réunit, à la manière d’une sainte conversation, les saints Jérôme, Joseph et Jean Baptiste enfant autour de la Vierge et de l’Enfant Jésus. La scène invite le spectateur à méditer sur le sacrifice du Christ et sur la prière : « Voici l’Agneau de Dieu, celui qui enlève les péchés du monde ». Le petit saint Jean Baptiste, agenouillé devant l’Enfant, tient un phylactère portant les mots Ecce Agnus Dei, qu’il prononcera adulte en apercevant le Christ sur le bord du Jourdain, avant de le baptiser. À ses pieds, sa croix de bois annonce celle de la Crucifixion. Son geste vif et son expression ardente traduisent l’intensité de sa ferveur, tandis qu’il reçoit la bénédiction du Christ, qui tient une pomme, symbole du péché originel et symbole de sa mission rédemptrice. Les trois adultes de la composition contemplent la scène avec une adoration recueillie, que Calvaert rend avec une grande maîtrise par la douceur des regards et une gestuelle mesurée.

L’un des premiers artistes flamands à émigrer en Italie, Calvaert joue un rôle de premier plan dans la peinture bolonaise. Formé à Anvers auprès du paysagiste Christian van Queborn (1515 1578), il part pour l’Italie au début des années 1560. Installé à Bologne vers 1562, il travaille dans les ateliers de Prospero Fontana (1512- 1597) puis de Lorenzo Sabatini (1530-1576), adoptant alors le style maniériste dominant, comme le montre sa première oeuvre datée, L’Allégorie de la Vigilance (Bologne, Pinacoteca Nazionale, 1568). En 1572, il accompagne Sabatini à Rome pour participer aux décors de la Sala Regia au Vatican. De retour à Bologne, il ouvre un atelier où se forment Guido Reni, Francesco Albani et Domenichino, avant qu’ils ne rejoignent l’atelier des Carrache.

Spécialiste des sujets religieux, Calvaert réalise de grands retables, mais excelle également dans les petits formats destinés à la dévotion privée. Son origine flamande explique sans doute son aisance à peindre sur cuivre, support qui met en valeur la minutie de son pinceau et ses couleurs maniéristes nuancées, notamment les tons rose lilas, violacés et jaunes. La plupart de ses oeuvres sont conservées en Italie.

Les physionomies de la Vierge et du petit saint Jean Baptiste rappellent une oeuvre signée et datée de 1579, présentée à New York en 2018 (Fig. 1). Par son sujet et sa composition en X, notre tableau se rapproche également d’un cuivre signé et daté de 1584, vendu à Milan en 2006 (Fig. 2), où sainte Élisabeth remplace saint Jérôme et où l’ouverture sur l’arrière plan évoque l’influence de Federico Barocci. Un dessin conservé au Louvre prépare cette oeuvre, avec quelques variantes (Fig. 3). La date d’exécution de notre tableau se situe très probablement au début des années 1580.

Dans ces exemples, comme dans un dessin conservé aux Musées royaux des Beaux Arts de Belgique (inv. 9191), la position de la Vierge est presque identique. La posture du petit saint Jean en contrapposto, tenant un phylactère, réapparaît dans d’autres dessins de Calvaert (Saint Roch, musée du Louvre, inv. 2010) et reflète une tendance à Bologne, rappelant par exemple les figures d’Orazio Samacchini (1532-1577), notamment dans La Vierge et les saints Nabor, Félix, François d’Assise, Claire d’Assise, Jean-Baptiste, Marie Madeleine et Catherine d’Alexandrie (1570-77, Bologne, Pinacoteca Nazionale. Calvaert ne pouvait manquer de connaître de tels modèles, ce qui illustre parfaitement les pratiques de reprise et de diffusion des motifs dans les ateliers maniéristes avant la révolution naturaliste des Carrache.

Bien que maniériste dans son processus créatif, l’oeuvre témoigne aussi d’un style plus épuré, influencé par la culture de la Contre Réforme qui s’impose alors à Bologne. La composition, simple et sereine, transmet clairement un message d’espérance. Par rapport à celle de 1579, les coiffures, vêtements et ornements sont simplifiés, la gestuelle plus apaisée et le message religieux renforcé. La présence de saint Jérôme souligne probablement l’importance des Saintes Écritures dans ce contexte.

Le paysage et l’architecture d’arrière-plan accentuent la profondeur et reflètent le goût flamand de Calvaert pour une atmosphère légère et une perspective fondée sur les dégradés de bleus et de verts plutôt que sur la géométrie. Ils contribuent au sentiment de douceur, de calme et d’équilibre qui imprègne la scène.