Aman-Jean
Edmond
Portrait de l’architecte Alfred Lasneret
Dédicacé, signé et daté « A mon ami Lasneret / Amand Jean / 1897 » en haut à droite.
99 x 79,8 cm (39 x 31 7/16 in.)
Provenance
Ce beau portrait d’humeur introspective est celui de l’architecte français Alfred-Ernest Lasneret peint par Edmond Aman-Jean, pseudonyme d’Amand Edmond Jean, peintre, graveur et critique d’art, formé auprès d’Henri Lehmann, chez lequel il rencontre Georges Seurat, Alphonse Osbert et Alexandre Séon. Tous sont fascinés par l’art de Pierre Puvis de Chavannes. Avec Seurat, Aman-Jean participe à la réalisation du décor de l’escalier du musée des Beaux-Arts de Lyon, Le Bois sacré cher aux arts et aux muses (1884, in situ) considéré comme l’une des œuvres murales les plus exceptionnelles de Puvis de Chavannes, avec le décor du Panthéon de Paris et celui du grand amphithéâtre de la Sorbonne. Proche de Verlaine, Aman-Jean peint le portrait du poète qui, malade, souffrant de syphilis et d’alcoolisme, mais tout de même au sommet de sa célébrité, séjourne à l’hôpital Broussais. Ce portrait est aujourd’hui conservé au musée de la Cour d’Or, à Metz, ville natale du « Prince des poètes » (Inv. 56).
Proche de l’écrivain occultiste et critique d’art Joséphin Péladan, Aman-Jean expose aux deux premiers salons de la Rose-croix esthétique. En 1899, il adhère à la Société nouvelle de peintres et de sculpteurs fondée par Gabriel Mourey aux côtés de Charles Cottet, Henri Le Sidaner, René Ménard, Frits Thaulow, Henri Martin parmi d’autres artistes avec lesquels il partage les mêmes préoccupations esthétiques. Vers 1900, il se rapproche des artistes de la Bande Noire : Cottet et Ménard, mais aussi André Dauchez, René Xavier Prinet et Lucien Simon, qui prônent l’utilisation des couleurs sombres pour exprimer la mélancolie de la réalité, en réaction aux couleurs claires des postimpressionnistes.
Artiste intellectuel, critique d’art, Aman-Jean s’intéresse beaucoup aux théories artistiques de son temps, du synthétisme au divisionnisme. Son œuvre est cependant assez homogène et contient une grande majorité de portraits de femmes rêveuses, alanguies. Ses portraits d’hommes sont rares et témoignent d’une relation particulière avec le modèle. Celui-ci est d’une grande élégance, montrant l’architecte Alfred Lasneret vêtu d’un costume sombre, debout, la main gauche nonchalamment glissée dans sa poche. Dans le coin inférieur gauche, des feuilles de papier roulées évoquent probablement ses plans et ses projets dessinés.
Né le 18 avril 1863 à Sézanne (Marne) et décédé en 1932 Alfred Lasneret se forme à l’École nationale des arts décoratifs où il est l’élève d’Hippolyte Duttenhofer et de Jean Louis Pascal, puis poursuit ses études à l’École des Beaux-Arts de Paris, de 1888 à 1892. Il installe d’abord son agence à Paris, puis à Esbly (Seine-et-Marne). Il est l’auteur de différentes constructions, dont un immeuble de rapport au 26 rue de Chartres à Neuilly. Le dessin encadré figurant à l’arrière-plan rappelle que l’architecte est aussi dessinateur à ses heures perdues et expose parfois au Salon ; ainsi, les deux vues montrées en 1896, l’une représentant le Ponte Vecchio à Florence et l’autre l’Oratoire de San Bernardino à Pérouse.

