Pierre Woeiriot de Bouzey "Pierre Woeiriot de Bouzey" Les hébreux réduits en esclavage The Hebrews enslaved
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Woeiriot de Bouzey

Pierre

Neufchâteau 1531-32 – Damblain 1599

Pierre Woeiriot de Bouzey "Pierre Woeiriot de Bouzey" Les hébreux réduits en esclavage The Hebrews enslaved

Les hébreux en esclavage

Plume et encre brune.
184 × 224 mm (7 1/4 x 8 13/16 in.)

Né dans une famille d’orfèvres, Pierre Woeiriot II s’orienta vers la gravure, réalisant des illustrations de livres et des portraits. Il travailla principalement à Nancy, pour le duc Charles III de Lorraine, ainsi qu’à Lyon où il séjourna quelques années vers 1554-1555, époque à laquelle il se convertit au protestantisme. Il est généralement admis qu’il entreprit plusieurs voyages en Italie autour de 1560, qui le mirent en contact direct avec les oeuvres de la Renaissance et du premier maniérisme. Au début des années 1560, il commença la série d’illustrations de l’Ancien Testament, publiée en 1580 et dédiée au duc de Lorraine à laquelle est reliée notre dessin, suivie des Emblemes ou devises chrestiennes de Georgette de Montenay entre 1566 et 1577. En 1562, il hérita du domaine et du titre de sa mère, Urbaine de Bouzey, à Damblain dans les Vosges, où il s’installa définitivement. Il ajouta alors les lettres « D » et « B » à son monogramme, formant ainsi PWDB pour « Pierre Woeiriot de Bouzey ».¹

Artiste rarement représenté sur le marché de l’art, son corpus graphique est aujourd’hui mieux défini grâce aux études menées ces dernières années. Ajout important à un groupe d’oeuvres réduit, notre dessin représente les Hébreux réduits en esclavage par les Égyptiens, fabriquant les briques nécessaires à la construction des temples (Exode, chapitre 1). Il constitue le modèle d’une gravure dont un exemplaire est conservé dans les collections de l’Ashmolean Museum à Cambridge. Portant le monogramme complet de l’artiste avec la croix de Lorraine, l’estampe doit donc être datée après 1562. Sur le plan stylistique, notre feuille se rapproche de deux dessins du Louvre : Joseph vendu par ses frères – inv. RF 5937) et Moïse adoucissant les eaux amères de Mara (Inv. RF 5938: estampe correspondante conservée au Louvre) ; d’un dessin du British Museum (Inv. 1883.0609.108) ; et d’un dernier conservé en collection particulière. Ces cinq oeuvres, dont le style est, selon Dominique Cordellier, « un mélange entre la densité expressive d’un Heemskerk et la rectitude raffinée de Lambert Suavius² », appartiennent toutes à la suite d’illustrations de l’Ancien Testament commencée en 1561 et publiée en 1580³.

Cette série de trente-six scènes dédiée au duc de Lorraine⁴ fut réalisée avec l’aide financière d’Antoine Go (Inv. Ed. 5. c. Rés⁵). Ces cinq dessins ne présentent que de très légères différences avec les estampes correspondantes : ici, la seule divergence notable est que l’eau ne s’écoule pas encore de la cuve tenue par le personnage au premier plan à droite. Dessin et estampe sont dans le même sens, ce qui implique l’usage d’un procédé de report intermédiaire permettant de transférer la composition sur la plaque tout en conservant l’orientation du dessin d’origine.⁶

Outre ces cinq dessins, cinq autres, de style très différent, sont conservés au Victoria & Albert Museum. Avec un sixième exemplaire à Darmstadt, ils constituent les premiers travaux préparatoires pour l’illustration du Pinax Iconicus antiquorum ac variorum in sepulturis rituum (1556). Ainsi que l’écrit Paulette Choné : « Au-delà de sa place dans l’histoire de l’estampe, Woeiriot apparaît comme le principal introducteur en Lorraine d’un symbolisme érudit – profondément original, insolent dans ses plus subtils détails expressifs, perpétuellement inattendu, et capable de transmettre, avec une grâce presque absurde, les points de doctrine les plus sérieux. »⁷

  1. P. F. Robert-Dumesnil, Le peintre-graveur français ou Catalogue raisonné des estampes gravées par les peintres et les dessinateurs de l’école française […], Paris, 1844, p. 53‑58, n° 2‑19.
  2. Dominique Cordellier, « Sur quelques dessins attribués à des graveurs actifs à Lyon au XVIe siècle : Bernard Salomon, Pierre Eskrich, Georges Reverdy et Pierre Woeiriot », dans Peindre à Lyon au XVIe siècle, Silvana Editoriale, 2014, p. 101.
  3. Paulette Choné, « Comme un jardin au coeur de la chrétienté », Emblèmes et pensée symbolique en Lorraine, 1525‑1633, Klincksieck, 1991, p. 557.
  4. Robert-Dumesnil, op.cit. n° 381 ; Inventaire du Fonds Français, (IFF) 1938, p. 172, n° 58 ; J. Adhémar, Inventaire du Fonds Français. Graveurs du seizième siècle, t. 2 ; Paulette Choné, 1991, op. cit., p. 557.
  5. Pierre Marot, « L’édition des “Icônes XXXV ad sacræ historiæ fidem compositæ” de Pierre Woeiriot », Gutenberg Jahrbuch, 1956, p. 137‑138 (cité dans Choné, op. cit., 1991, p. 557).
  6. Cordellier, dans Dessins français du Musée de Darmstadt, XVIe , XVIIe et XVIIIe siècles, Hessisches Landesmuseum Darmstadt, Graphische Sammlung, Paris–Darmstadt, éd. Gourcuff Gradenigo, 2007, sous le n° 10.
  7. Paulette Choné, « Le cas singulier des emblèmes en Lorraine aux XVIe et XVIIe siècles », Littérature, 2007/1, n° 145, p. 86.