Hermann Weyer "Hermann Weyer" La Vertu ou la Fortitude terrassant l'Ignorance devant les allégories des Arts Virtue or Fortitude vanquishing Ignorance or Folly before the Allegories of the Arts
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Weyer

Hermann

Coburg 1596 – 1621
Hermann Weyer<br />
"Hermann Weyer"<br />
La Vertu ou la Fortitude terrassant l'Ignorance devant les allégories des Arts<br />
Virtue or Fortitude vanquishing Ignorance or Folly before the Allegories of the Arts

La Vertu ou la Fortitude terrassant l’Ignorance devant les allégories des Arts

Plume et encre noire, lavis gris, lavis de sanguine, rehauts de blanc. Inscrit Hermann Weyer en bas à gauche et monogrammé HEW en bas à droite. Inscrit Hermann Weyer invenit au verso. Filigrane écusson surmonté d’une croix.
308 x 195 mm (12 1/8 x 7 11/16 in.)
Provenance
Selon les inscriptions portées au dos de l’ancien montage : collection Achilles Ryhiner-Delon (Bâle 1731-1788) ; expertisé par le marchand d’art Georges B. Segal à Bâle en mars 1985 ; collection privée.

Longtemps mal connu de l’histoire de l’art, Hermann Weyer a été étudié successivement par Hanna Mayer, Adalbert Bringmann et Heinrich Geissler. Plus récemment, une thèse lui a été consacrée par Christine Wolff1. Fils du peintre Hans Weyer, actif à Cobourg à partir de 1595, sous le règne du duc Jean Casimir, Hermann Weyer est aussi le frère d’Hans Weyer le Jeune, répertorié jusqu’en 1666 comme peintre de portraits. Weyer peut avoir étudié au sein de sa famille, mais aucun autre professeur ne lui est connu. Des liens de parenté avec Gabriel Weyer sont envisagés sans être attestés.

Sa précocité, révélée par des dessins de qualité datés de 1605, a longtemps intrigué les historiens de l’art, qui soupçonnaient une erreur. Elle a été établie lors de la publication par Peter Germann Bauer d’une Crucifixion conservée dans l’église paroissiale de Neuhaus-Schierschnitz, que Weyer a signée et datée de 1609 tout en précisant son âge de treize ans. Dans cette composition, le jeune artiste reprend dans la partie supérieure une gravure de A. Sadeler d’après Ch. Schwartz, qu’il enrichit par la présence de donateurs.

Malgré cette œuvre et quelques autres, on ne connaît aujourd’hui qu’un nombre restreint de peintures de sa main, contre plusieurs dizaines de dessins. Le fonds graphique le plus abondant est celui de l’Öffentliche Kunstsammlung de Bâle, qui conserve notamment des dessins de la jeunesse de l’artiste. La copie fait partie de sa pratique en tant qu’exercice graphique, et l’on en trouve de nombreuses d’après Jost Amman, Barthel Beham et Georg Pencz. Mais il semble la pratiquer aussi plus tard pour le commerce ; ainsi son Jugement de Midas au Getty Museum, feuille d’un grand raffinement, signée et datée, qui reprend le tableau d’Hendrick van Balen conservé à Stuttgart. Dans certains de ses dessins, comme la Sainte Famille de Washington ou Saint Luc peignant la Vierge (1614, autrefois chez Kate Ganz), il utilise une technique contrastée, aux tonalités sombres fortement rehaussées de blanc, où il semble tenter de rivaliser avec les gravures sur bois.

Dans la période la plus accomplie de sa carrière, ses dessins révèlent un raffinement remarquable : ils forment de véritables compositions, parfois d’une grande originalité, et sont le plus souvent signés ou monogrammés – parfois même les deux, comme c’est le cas de la présente feuille. Dans cette composition, l’une des plus abouties de l’artiste, la Sculpture, la Peinture, la Musique, l’Astronomie, la Géométrie, la Médecine et l’Architecture avancent avec leurs attributs sous la protection d’un soldat ou chevalier, sans doute la Fortitude ou la Virtus triumphans, qui triomphe d’une figure maléfique aux longues oreilles, vraisemblablement l’Ignorance ou la Folie. La scène constitue très probablement une allégorie humaniste complexe célébrant le gouvernement éclairé d’un prince et mécène des arts. La présence d’une cité à l’arrière-plan renforce cette interprétation. L’iconographie s’inscrit dans le mouvement des représentations programmatiques des arts libéraux. Weyer conjugue ici des références maniéristes – les têtes arrondies et les poses sinueuses des allégories évoquent Goltzius ou Spranger – avec l’ébauche d’une recherche plus réaliste dans la figure centrale. La composition rappelle celle de la Minerve victorieuse de l’Ignorance de Bartholomeus Spranger (Vienne, Kunsthistorisches Museum), bien que, dans notre dessin, la figure armée soit clairement masculine. L’artiste joue peut-être aussi sur la possible confusion visuelle entre son personnage et saint Michel terrassant le Mal, un motif très fréquemment représenté dans la peinture et la sculpture des églises bavaroises. Le génie ailé qui apporte au combattant une couronne de laurier et une sorte de palme évoque par ailleurs les anges offrant aux saints les symboles de leur martyre.

Selon l’écriture portée au verso de l’ancien montage, ce dessin aurait appartenu à Achilles Ryhiner-Delon, notable de Bâle, auteur en 1782 d’un Itinéraire alphabétique de la Ville de Bâle, de ses environs et de son canton, à l’usage des voyageurs curieux et, en 1785, d’un Essai d’un catalogue raisonné de mes desseins, conservé au Zentralinstitut für Kunstgeschichte, qui contient des biographies d’artistes et des copies de ses dessins (voir Lugt 2164 et 3004b, L.4399 et L.4400). Une grande partie des dessins italiens et hollandais de sa collection fut vendue entre 1805 et 1812 par sa fille, Mme Jeanne Burckhardt, née Ryhiner. Les quelques feuilles restées pendant un siècle dans la famille furent léguées au musée de Bâle par l’arrière-petit-fils du collectionneur, le docteur Achille Burckhardt-Blau. L’autre fille, Mme Élisabeth Iselin, née Ryhiner, ne put se résoudre à vendre sa part, et ce n’est qu’au début du XXᵉ siècle que des feuilles provenant de cette branche apparurent dans le commerce à Bâle.

  1. Christine Wolff, Studien zum zeichnerischen Werk Hermann Weyers, dissertation Rheinische Friedrich-Wilhelms-Universität Bonn, 2012, published in 2016.
    Online : https://bonndoc.ulb.uni-bonn.de/xmlui/handle/20.500.11811/6795.