Vouet
Simon
Paris 1590 – Paris 1649
Trois études de putti
Pierre noire, craie blanche, reprises à la sanguine, sur papier gris.
Filigrane fleur de lys fragmentaire.
244 x 204 mm (9 ¹⁰ /16 x 8 in.)
Bibliographie
Damien Tellas, Michel Dorigny (1616-1656) Vouet en héritage, Paris, Arthena, 2025, p. 50, Fig. 17 ; p. 192, P. 37.
Cette charmante étude de putti par Simon Vouet peut être mise en relation avec un tableau exécuté par son ancien élève devenu collaborateur, et futur gendre, Michel Dorigny (1616-1665). Appartenant à une série représentant les Muses, cette oeuvre figurant Thalie, la muse de la Comédie, est signalée dans la collection de Jean-Joseph Vidal (1789-1867) mais reste aujourd’hui non localisée, bien que connue par une ancienne photographie en noir et blanc. La série des Muses est l’une des premières à être entreprise par Dorigny après la signature, le 9 décembre 1640, du contrat officialisant sa collaboration avec Simon Vouet : il s’agissait pour le jeune homme de vingt-quatre ans de graver l’oeuvre du maître et de le remplacer, si nécessaire, dans la réalisation de peintures. Dorigny travaillait alors dans l’atelier de Vouet depuis cinq ans, après un premier apprentissage chez Georges Lallemand (1575-1636).
C’est donc avec cette série, aussi élégante que joyeuse, que, pour la première fois, Vouet confie à Dorigny, entre 1640 et 1645, le soin de peindre à sa place. Ces tableaux, dont la destination initiale demeure indéterminée, ont été dispersés et sont réapparus progressivement et indépendamment les uns des autres sur le marché de l’art. Clio est conservée à la Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe, Érato au Szépmúvészeti Múzeum de Budapest, Terpsichore au New Orleans Museum of Art de La Nouvelle-Orléans, Polymnie au musée du Louvre à Paris, tandis qu’Uranie et Calliope sont réunies sur un seul grand tableau à la National Gallery de Washington. Melpomène, Euterpe et Thalie sont non localisées. En 1999, Arnaud Brejon de Lavergnée n’en attribuait que deux à Dorigny, reléguant le reste à l’atelier de Vouet. Damien Tellas, dans sa récente monographie consacrée à Michel Dorigny, rend sans hésitation l’ensemble de la série à l’artiste, réalisée toutefois sous la direction de Simon Vouet et d’après ses dessins.
Vouet, immense et prolifique dessinateur, avait rapporté de son séjour italien la méthode pratiquée par les Carraches d’abord à Bologne, dans l’Accademia degli Incamminati, puis à Rome par Annibale Carracci, et vouée à devenir le socle de la méthode développée à l’Académie royale de peinture et de sculpture par Charles Le Brun. Fondée sur une préparation systématique par le dessin, elle impose pour chaque oeuvre des études de composition et surtout de figures, généralement exécutées d’après le modèle. Jamais cependant Vouet ne laisse le naturel l’emporter sur l’élégance et par leurs poses, leurs gestuelles, leur physionomies, ses figures s’inscrivent dans un idéal de beauté constant.
Ainsi, pour la série des Muses, Vouet, alors dans les dernières années de sa vie, continua à fournir à son collaborateur les dessins préparatoires de la commande. Il en subsiste deux témoignages : une feuille préparatoire à Euterpe, conservée au musée du Prado à Madrid (inv. D-03024), et le dessin que nous présentons, qui prépare les putti entourant Thalie. Damien Tellas note : « quelques différences notables apparaissent également entre les deux études de putto de droite et sa transposition en peinture, indiquant encore un dessin du maître adapté et légèrement interprété par Dorigny ». Cette feuille maîtrisée, caractéristique de la maturité de Simon Vouet, prépare avec soin le putto s’appuyant sur les jambes de la muse et, plus rapidement, celui qui batifole à ses pieds. La reprise du visage joufflu de ce dernier au bas de la feuille indique la direction du regard, tourné vers le haut. Les traits rouges sur la joue et l’épaule précisent la position retenue pour le tableau, preuve du soin accordé à la préparation, même pour des figures secondaires.
Ce dessin témoigne de la fructueuse collaboration entre les deux hommes. Pour Damien Tellas, la série des Muses clôt la période durant laquelle Michel Dorigny travaillait encore d’après les dessins de Vouet. Celui-ci lui délègua ensuite la réalisation complète de certains travaux, tels que le plafond de l’escalier de l’hôtel de Louis Hesselin. Absorbé durant cette période par de nombreuses réalisations – toujours gravées par Dorigny – et des tâches importantes, notamment la création de l’Académie de Saint-Luc en 1648, Vouet tomba malade en janvier 1648 et disparut un an plus tard. Dorigny, qui avait épousé au début de l’année 1648 l’une des filles de Simon Vouet, Jeanne-Angélique Vouet (née le 13 mai 1630), poursuivit ensuite avec succès sa propre carrière de grand peintre décorateur, avant d’être nommé conseiller puis professeur à l’Académie royale.

