Renoir
Pierre-Auguste
Limoges 1841 – Cagnes 1919
Paysage, effet d’automne
Aquarelle
Signé et dédicacé en bas à droite à Madame Clapisson/Renoir
303 x 490 mm (12 x 19 ½ in.)
Provenance
Madame Clapisson (1849-1930), née Valentine Henriette Billet, Paris, vers 1885 ; probablement la galerie Durand-Ruel, Paris ; acquis par Bernheim-Jeune pour un tiers le 30 octobre 1915 ; Wildenstein, Paris ? ; Daniel Dreyfus (1884-1942), Paris ; Thérèse Dreyfus née Gompel (1891-1983), veuve du précédent ; par héritage aux derniers propriétaires.
Bibliographie
G.-P. et M. Dauberville, Renoir, Catalogue raisonné des tableaux, pastels, dessins et aquarelles, Paris, Éditions Bernheim-Jeune, 2009, vol. 2, p. 583, n° 1640, illustré (sans les bords et avec des dimensions différentes : 24 x 39 cm).
Cet extraordinaire Paysage, effet d’automne fut offert par Renoir à madame Clapisson, née Valentine Henriette Billet, épouse de Léon Clapisson, rentier et collectionneur, fils du violoniste et compositeur à succès Louis Clapisson. Magnifique aquarelle impressionniste, l’œuvre joue sur l’alternance des couleurs chaudes et froides, avec une dominante caractéristique de tons froids, notamment du bleu. Elle offre la vision d’un matin clair et froid dans une campagne automnale : les arbres, dont les feuillages se déclinent en une combinaison de vert, de roux et de jaune, commencent à se dégarnir doucement, tandis que l’eau de la rivière scintille sous le pâle soleil, animée par les chauds reflets bruns des arbres et de la végétation environnante. Le blanc du papier laissé en réserve pour traiter les bords de la rivière évoque la fine pellicule de givre créée au sol par les gels nocturnes. Au loin, les arbres paraissent bleus et des taches de mauve émergent des feuillages à certains endroits. La texture et les couleurs sont travaillées par l’artiste avec un raffinement extrême pour restituer la vibration douce et soyeuse de la nature dans la lumière matinale.
Les portraits de la destinataire de ce dessin, Valentine Henriette Clapisson, réalisés par Renoir en 1882 et 1883, et « avec quel plaisir » pour reprendre les mots que Vollard prête à Renoir, sont symptomatiques de l’écart entre la modernité impressionniste et ce que le public et les commanditaires étaient réellement prêts à accepter. Le premier portrait d’elle que Renoir réalisa, Parmi les roses (fig. 1), la représentait assise sur un banc dans le jardin de son hôtel particulier du 48, rue Charles-Lafitte à Neuilly-sur-Seine. Le panier à ouvrage et l’ombrelle à ses côtés, la jeune femme en robe bleu pastel est placée derrière un extraordinaire massif de roses rouges et rose pâle entremêlées. La sensation obtenue par l’artiste est celle d’une jeune femme paisiblement assise dans un écrin de verdure confortable et tranquille, animé par les seuls bruits de la nature et les mouvements d’air et de lumière. La facture est libre mais équilibrée et parfaitement nuancée, la technique impressionniste s’y révèle à son apogée, avec les touches de vert et de blanc qui rehaussent le bleu pâle de la robe et l’usage du fond sombre sous l’explosion de bleu, de rouge, de jaune, de rose et de vert.
Pourtant, ce tableau fut refusé par Léon Clapisson et mis en dépôt chez Durand-Ruel, l’identité du modèle étant dissimulée. Après plusieurs expositions à Londres et Bruxelles sous le titre Sur le Banc, il fut acheté par Albert Spencer. Un second portrait de madame Clapisson fut donc exécuté, beaucoup plus classique dans la pose presque ingresque du modèle et dans l’élégance de sa tenue (fig. 2) : en robe bleu sombre, presque noire, et gants jaunes, madame Clapisson tient un éventail de plumes blanches, assorti à sa coiffe. Il fut vendu à Durand-Ruel en 1908, qui le vendit en 1913 à Martin Ryerson, collectionneur de Chicago, puis il entra dans les collections du musée en 1933.
C’est donc à madame Clapisson, que Renoir trouvait si aimable, que ce paysage à l’aquarelle est dédicacé. Lui fut-il offert par l’artiste entre les deux tableaux, pour se faire pardonner du « four » initial, ou à l’issue de la commande ? L’a-t-elle acheté ? On ne peut que remarquer qu’il s’agit d’un paysage, alors même que c’est précisément cet élément qui fit sans doute refuser son premier portrait.
D’autres aquarelles de paysage, très proches, sont datées vers 1890 par les auteurs du catalogue raisonné des œuvres de Renoir publié chez Bernheim-Jeune. Peut-être autrefois chez Ambroise Vollard, elles font preuve d’une sensibilité commune, avec une mise en page similaire, laissant d’importantes marges blanches autour du motif principal. Mais Renoir a également recours aux marges dans certains paysages peints dès les années 1885 (catalogue raisonné, n° 824, 890 et 891, les deux derniers chez Vollard). Il semble possible, étant donné que ses rapports avec la famille Clapisson se situent au début des années 1880, que ce dessin date d’une période légèrement antérieure à ce qui a été précédemment estimé.

