Lehmann
Henri
Kiel, Allemagne 1814 – Paris 1882
Chemin de Solférino qui descend sur la route de Gédrès, Luz
Fusain et rehauts de craie blanche. Monogramme, localise et date : HL 28 août 1861 / Chemin de Solférino qui descend sur la route de Gédrès, Luz / 9 à 10 ½ le matin en bas à gauche.
345 × 450 mm (13 ⁹/16 x 17 11/16 in.)
Rares sont les paysages dans le corpus graphique d’Henri Lehmann, qui pourtant en réalisa en peinture, majoritairement en arrière-plan de ses compositions, ainsi que dans un très petit nombre de paysages purs. Jeune artiste prometteur et déjà excellent dessinateur, Lehmann quitta sa ville natale, Kiel, située dans le duché de Holstein (aujourd’hui en Allemagne), pour s’installer à Paris où il devint, à dix-sept ans, l’un des élèves favoris de Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780–1867). De ce maître, il conserva toujours un amour de la ligne parfaite et de la forme classique. La craie utilisée dans ses dessins est pourtant plus grasse, et l’on trouve même parfois du fusain, ce qui donne à son trait une matière plus texturée.
À Rome, où il séjourna de 1838 à 1841, il retrouva Ingres, devenu directeur de l’Académie de France à Rome, et l’assista dans l’exécution de plusieurs oeuvres. Parmi de nombreuses autres personnalités, il rencontra Franz Liszt (1811–1886) et Marie d’Agoult (1805–1876), qui y étaient installés. Du premier, il fit en 1839 un portrait remarquable, aujourd’hui conservé au musée Carnavalet à Paris. Avec la seconde, il entretint une longue correspondance qui nous renseigne sur sa vie à Rome et, plus largement, sur la vie culturelle d’alors. Un portrait d’elle, plus tardif puisqu’il est daté de 1843, est conservé au Petit Palais à Paris.
En Italie, il rencontra aussi Chassériau, avec lequel il noua une amitié intense mais conflictuelle et de courte durée. Il fut également proche de la communauté des artistes allemands, particulièrement des Nazaréens. De retour à Paris, il obtint d’importantes commandes, dont le plafond de l’Hôtel de Ville – disparu dans l’incendie de 1871 – mais se fit surtout apprécier pour ses portraits, à la fois élégants et profonds. Décoré de la Légion d’honneur en 1846, il reçut la nationalité française l’année suivante et ouvrit un atelier. Professeur à l’École des Beaux-Arts en 1861, il eut de nombreux élèves, dont Georges Seurat et Henri Moret, ainsi qu’Alexandre Séon et Alphonse Osbert, tous deux symbolistes.
Grâce à l’inscription soigneusement portée en bas de l’oeuvre, il est possible de la situer dans les gorges de Luz, où Lehmann séjourne pendant l’été 1861 avec sa femme Clémence. Le lieu mentionné – la route de Gédrès (aujourd’hui Gèdre), village situé à quelques kilomètres au sud de Luz-Saint-Sauveur, dans les Hautes-Pyrénées – fait partie de la vallée encaissée menant vers le cirque de Gavarnie, une région réputée pour la beauté de ses paysages escarpés. Le carnet de Lehmann, conservé au musée d’Art et d’Histoire de Meudon (réserve 301), mentionne en effet des « études et paysages à Luz » en juillet et août de cette année, ainsi qu’un Éros vainqueur dont il commence alors une esquisse et qu’il terminera en novembre.
La mention « Jour, soir et nuit photographiés », portée à côté de celle d’études, laisse penser que l’artiste utilise également la photographie dans son étude du paysage et de la lumière. Une attention similaire au moment de la journée apparaît dans l’inscription portée sur le dessin, qui précise qu’il s’agit d’une étude réalisée le matin. Cela explique sans doute l’usage d’abondants rehauts de blanc, l’artiste cherchant à représenter la lumière matinale non par la couleur, mais par le contraste des valeurs. Peu d’études paysagères dessinées de Lehmann nous sont parvenues ; il semble que ce dessin soit le seul exemple connu.

