Giuseppe Cades "Giuseppe Cades" Deux saints et un évêque Two saints and a bishop
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Cades

Giuseppe

Rome 1750 – Rome 1799

Giuseppe Cades "Giuseppe Cades" Deux saints et un évêque Two saints and a bishop

Deux saints et un évêque

Pierre noire et estompe, touches de sanguine.
Signé et daté G. Cades. 1778 en bas à gauche
37.3 x 26.3 cm (14 3/4 x 10 ³/8 in.)

Provenance

M. H. Bloxam ; don au Rugby School Art Museum ; avec son inscription ‘Rugby School Art Museum / e dono Matt: H: Bloxam’ (sur le montage) ; Christie’s, Londres, 4 décembre 2018, Old Masters / New Scholars: Works of Art Sold to Benefit Rugby School, lot 51; collection privée.

Élève à l’Accademia di San Luca, Giuseppe Cades y est formé au dessin et à la peinture par son maître Domenico Corvi (1721–1803) et s’y fait rapidement remarquer par la précocité de ses dons. Il pratique assidûment la copie d’après les maîtres, particulièrement Raphaël et Michel-Ange, dont l’influence demeurera prégnante dans toute son oeuvre. C’est à ce travail qu’il doit l’élaboration de son style, qui allie puissance des formes et vigueur du trait à une grande préciosité et à un effet très décoratif. À la fin des années 1760, il reçoit ses premières commandes autonomes et se rapproche des communautés d’artistes germaniques et scandinaves installées à Rome. Il fait aussi la connaissance du sculpteur Antonio Canova (1757–1822) et de Johann Heinrich Füssli (1741 (1757–1822)1825).

Dans les années 1770, Cades travaille principalement à de grands retables religieux, tandis que, pendant la décennie suivante, il se consacre à des travaux de décoration de grande ampleur dans des demeures romaines, comme le Palazzo Ruspoli, le Palazzo Chigi, le Palazzo Altieri et la Villa Borghese. Ses décors s’inspirent souvent de thèmes littéraires, puisés chez l’Arioste, le Tasse ou Boccace. Dans les années 1790, il revient à des travaux religieux et historiques, et son style se dirige vers un classicisme rigoureux, une sobriété de couleur et de forme, qui conservent cependant des accents maniéristes.

Cette grande feuille à la pierre noire et à l’estompe, avec quelques touches de sanguine, est un dessin de la première partie de la carrière de l’artiste. Bien que l’on ne puisse relier la composition à une oeuvre peinte connue, elle peut être comparée à quelques dessins de la même décennie et particulièrement à une feuille conservée au Szépművészeti Múzeum à Budapest (inv. 2506)¹. Exécutée dans une technique très différente et a priori plus tardive (datée des années 1790), elle montre trois saints qui semblent être les mêmes que ceux de notre dessin. Selon Maria Teresa Caracciolo, la feuille de Budapest représenterait saint Étienne, qui tient et désigne les Écritures, saint Jacques Majeur avec ses coquilles Saint-Jacques et son chapeau de pèlerin, et un autre saint évêque non défini. Notre dessin contient trois saints aux attributs très proches, à la différence que le saint pèlerin tient une grande croix au lieu du bâton de pèlerin (mais il est bien muni d’un chapeau et d’une coquille). Le cadre architectural est différent, le nôtre étant plus minimaliste, un peu plus métaphysique : une colonne et des nuages au lieu des angelots. Il est difficile de comprendre l’écart temporel entre les deux feuilles ; peut-être Cades a-t-il voulu reprendre dans celle de Budapest l’idée développée dans la nôtre.

Un dessin de 1779 peut également être avancé à titre de comparaison stylistique, tout aussi original en ce qui concerne la composition et la technique : La Vierge et l’Enfant avec trois saints, conservé à la National Gallery of Ontario, Toronto (inv. 70/137)². Il ne peut non plus être mis en rapport avec une peinture connue, et Maria Teresa Caracciolo a suggéré que ces dessins à l’exécution soignée, imitant en quelque sorte le style d’oeuvres peintes ou dessinées du XVIe siècle, étaient destinés à être vendus à des collectionneurs³. C’est probablement le cas de notre feuille, qui peut rappeler des dessins de prophètes et de saints du Cavalier d’Arpin, par exemple.

Un autre dessin d’exécution proche de notre feuille et de la même année, mais encore plus soigné et sophistiqué, est celui du Metropolitan Museum, qui montre les princes Camillo et Francesco Borghese enfants, jouant à côté du buste du pape Paul V Borghese, qui semble les surveiller d’un oeil attentif. Ces deux œuvres, comme la nôtre, font preuve d’un grand savoir-faire : le trait est sûr, la composition solide, et l’estompe maîtrisée permet de suggérer avec souplesse et expressivité le volume des drapés. Dans notre dessin, cependant, les visages ne sont pas des portraits et apparaissent donc plus stylisés. Les boucles des cheveux et des barbes, les visages construits par des traits en virgule révèlent le tempérament tout à fait original de l’artiste.

  1. T. Caracciolo, Giuseppe Cades, 1750-1799, et la Rome de son temps, Paris, 1992, n° 149, ill.
  2. Ibid, n° 38, ill.
  3. Ibid, p. 208.