Bourgeois du Castelet
Florent-Fidèle-Constant
Guiscard 1767 – Passy 1836
Vue du Château d’Offémont et son parc
Plume et encre noire, lavis brun et gris.
Signé et daté en bas au centre Constant Bourgeois / Del. 1809
392 x 504 mm
Provenance
Collection particulière.
De la jeunesse de Bourgeois du Castelet nous connaissons principalement sa période militaire en tant que volontaire au 4e bataillon de la Haute-Garonne pendant la révolution. Il abandonne sa carrière militaire pour étudier dans l’atelier de David, se spécialisant rapidement dans le paysage historique, séjourne en Italie et expose pour la première fois au Salon en 1791. De retour à Paris, il figure parmi les premiers peintres de panoramas, participant notamment à la Vue de Paris depuis les Tuileries exposée à partir de l’été 1799 et à L’Évacuation de Toulon par les Anglais en 1793, exposé en 1800. Il devient rapidement une figure artistique importante, notamment sollicité par Vivant Denon pour illustrer les campagnes de Napoléon. De nombreux artistes contribuent à ce projet, tels que Carle Vernet, Charles Meynier et Nicolas Antoine Taunay, créant plus de 350 feuilles, aujourd’hui conservées au Louvre, dont 80 sont de Bourgeois. Les commandes officielles impériales ne se cantonnent pas au domaine des arts graphiques, notre artiste exécute de grands tableaux pour le Grand Trianon et le château de Fontainebleau et expose notamment au salon de 1812 L’Entrevue entre Napoléon 1er et le baron de Dalberg, Prince-Primat de la Confédération du Rhin (Louvre, inv. MNR 1008). Ses dessins sont particulièrement appréciés : Paul Marmottan évoque « l’exécution brillante » de ses dessins, « dont la plupart sont très remarquables », s’attardant souvent sur la qualité de ses lavis, clairement manifeste dans notre dessin, où le passage du brun au premier plan au gris de l’arrière-plan exprime admirablement la profondeur du panorama. Certains sont effectués en vue d’être traduits en estampes ou en lithographie et publiés sous la forme de recueils ; ainsi son Recueil de vues et fabriques pittoresques d’Italie, dessinées d’après nature […] (Paris, 1804 – ?) et son Recueil de vues pittoresques de la France (Delpech, 1818-1820).
Malgré sa période révolutionnaire, la chute de l’empire et la restauration ne signent pas la fin de la carrière officielle de Bourgeois du Castelet. Il est représenté côtoyant Charles X dans le tableau de François-Joseph Heim au Louvre, Charles X distribuant des récompenses aux artistes exposants du salon de 1824 au Louvre, le 15 janvier 1825 (inv. INV 5313). On y voit l’artiste au centre de la composition, immédiatement à droite et derrière le sculpteur Pierre Cartellier qui reçoit le cordon de Saint-Michel du roi. Constant continue d’exposer jusqu’en 1831 et la reconnaissance officielle culminera avec la réception de la Légion d’Honneur en 1827.
Ce paysage, dont la qualité presque panoramique rappelle la formation initiale de l’artiste en peinture de panoramas, représente le château d’Offémont, à la lisière de la forêt de Compiègne, tel que vu du sud-ouest. Il existe une gravure presque contemporaine, dessinée par Léon-Auguste Asselineau et publiée en 1828-1831 par André-Antoine Blancheton dans ses Vues pittoresques des châteaux de France, dans laquelle les murs de la terrasse, le château, et la vallée bordée de bois sont aisément reconnaissables.
L’histoire et l’origine du château sont peu connues, bien que ses premières traces remontent à des mentions d’une maison de chasse donnée par Hugues Capet, suivies de l’évocation d’un manoir entouré d’un parc au XIVe siècle, ainsi que quelques traces de travaux menées par une certaine Dame de Contay en 1484. Le château souffre sous la révolution et doit être presque entière reconstruit au XIXe siècle. Ces travaux doivent être antérieurs à notre dessin, car des photographies du début du XXème siècle nous montrent très peu de différence entre notre dessin et l’état actuel du château. Le corps de logis y est presque inchangé, à part une aile sur le flanc ouest, qui a dû être démolie au XIXe siècle. Le mur de terrasse, qui date probablement du XVIIe siècle, ainsi que la dépendance côtoyant le château sont aussi inchangés.
- Charles Gabet, Dictionnaire des artistes de l’école française au XIXe siècle, p. 91.
- Paul Marmottan, École française de peinture, 1789-1830, Paris, 1886, p. 93-94.
- P. Guynemer, La Seigneurie d’Offémont, Compiègne, 1912, pp. 29-31.

