Giovanni Boldini "Giovanni Boldini" Francesco II d’Este à cheval, d’après Andrea Baratta Equestrian portrait of Francesco II d’Este, after Andrea Baratta
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Boldini

Giovanni

Ferrare 1842 – Paris 1931
Giovanni Boldini "Giovanni Boldini" Francesco II d’Este à cheval, d’après Andrea Baratta Equestrian portrait of Francesco II d’Este, after Andrea Baratta

Francesco II d’Este à cheval, d’après Andrea Baratta

Lavis brun.
Signé Boldini en bas à droite. Encadré.
458 x 303 mm

Provenance
Paris, Christie’s, 21 mars 2018, lot 123 ; Collection particulière.
Bibliographie
P. Di Natale, « Le passioni antiche di Boldini », dans le catalogue d’exposition de Giovanni Boldini, Il Piacere, Trento, Museo di arte moderna e contemporanea di Trento e Rovereto, 14 novembre 2020 – 28 février 2021, pp. 60-61, reproduit en couleur fig. 13.
Ce dessin, exécuté par l’un des artistes les plus virtuoses du XIXe siècle, portraitiste prolifique de la Belle Époque et de toutes ses personnalités les plus en vue, représente le portrait équestre de Francesco II d’Este, sculpté après 1685 par Andrea Baratta (1639 – après 1700) et actuellement conservé à la Galleria Estense de Modène (Fig. 1). C’est probablement lors de la même visite de la Galerie royale, du musée et du cabinet des médailles d’Este, inaugurés en 1894, que Boldini dessina sur une feuille de dimensions presque identiques à la nôtre le buste de Francesco I d’Este, l’aïeul de Francesco II, exécuté par Gian Lorenzo Bernini en 1652 (National Gallery de Washington, Fig. 2).

Ces deux dessins permettent de mettre en lumière l’intérêt de Boldini pour la sculpture baroque et pour celle du Bernin en particulier. La sculpture de Baratta doit en effet énormément aux deux grands portraits équestres du grand représentant du baroque romain : le Constantin commencé en 1654 et placé en 1670 dans la Scala Reggia de la Basilique Saint-Pierre et le portrait de Louis XIV, commandé en 1665 et livré à Versailles en 1685, qui déplut tant au Roi-Soleil que ce dernier demanda à François Girardon de le retailler. Boldini connaissait cette œuvre et l’avait énergiquement croquée à la pierre noire dans son carnet. La feuille, anciennement dans la collection des comtes Doria, fut présentée sur le marché de l’art en 2019 (Fig. 3).

Une autre sculpture du Bernin qui semble avoir profondément marqué le peintre est L’extase de sainte Thérèse d’Avila, conservée à l’église de Santa Maria della Vittoria de Rome, dont nous connaissons deux dessins par Boldini; l’un est au musée Giovanni Boldini de Ferrare tandis que la localisation de l’autre, daté 1913, est aujourd’hui inconnue.

Le témoignage le plus marquant de l’admiration de Boldini pour le Bernin est l’attachement manifeste du peintre à son moulage du buste du cardinal Léopold de Medici, à l’époque encore attribué au sculpteur du Seicento. En 1893, Boldini obtint de pouvoir échanger à la galerie des Offices un de ses autoportraits contre un moulage du buste original en marbre. Toute sa vie, il conserva dans son appartement et atelier du boulevard Berthier à Paris cette effigie, qui apparait ainsi dans de nombreux dessins et tableaux. On la retrouve ainsi dans deux petites toiles datées vers 1899, aujourd’hui toutes deux au Museo Giovanni Boldini Ferrara (Inv. n° 1374 et Inv. n° 1366). Dans ces œuvres, où l’on voit la chambre et le studio du peintre dénués de toute présence humaine, le buste en plâtre devient modèle vivant, témoignage de l’admiration du peintre pour ce portrait devenu pour lui bien plus qu’un élément décoratif.

Chez Bernin et ses suiveurs, comme Andrea Baratta, Boldini puise le bouillonnement formel et le dynamisme des compositions pour les mettre à l’oeuvre dans son propre travail pictural et graphique. Le lavis est somptueusement utilisé dans notre feuille, comme dans celle de Washington, pour restituer les chatoiements du marbre et les drapés virtuoses. Boldini respecte la sculpture de Baratta au point d’en dessiner des détails comme les membres brisés du cavalier et de son monture mais le point de vue choisi et le dynamisme de son pinceau infusent à l’œuvre une énergie particulière, propre au peintre et à son époque.