Belles de nuit par jeune fille en fleur
Une rare aquarelle sur vélin d’Olimpe Arson
désormais au Getty Museum, Los Angeles
Marie Alexandrine Olimpe Arson, Cactus en fleurs, The Getty Museum Los Angeles.
Deux illustrations gravées d’Echiopsis Eyriesii : Annales de Flore et de Pomone, 1833-1834 et Edward’s botanical register, 1835.
La floraison nocturne du cactus Echinopsis eyriesii, magistralement saisie par Olimpe Arson, figure discrète mais emblématique de l’art botanique du XIXᵉ siècle, a récemment été acquise par le Getty Museum auprès de la galerie Marty de Cambiaire.
Cette œuvre se distingue par la rareté de son sujet, par la singularité de son auteure et par l’extrême délicatesse de son exécution. Nous nous réjouissons tout particulièrement qu’elle rejoigne les collections d’une institution aussi prestigieuse, à un moment où les cactus sont, pour la première fois, mis à l’honneur dans une remarquable exposition présentée à la Villa Sauber, à Monaco.
Une plante rarement dessinée au début du XIXe siècle
À la charnière du XVIIIᵉ et du XIXᵉ siècle, les représentations de cactus sont encore rarissimes. Les plantes elles-mêmes, fraîchement rapportées du continent américain, apparaissent en Europe au compte-gouttes : quelques spécimens isolés, conservés dans certaines collections princières, jardins botaniques et pharmacologiques ou collections d’amateurs. Puis les collections se développent et les marchands spécialisés apparaissent, comme le pépiniériste Cels. Les cactus font l’objet d’illustrations sous forme de planches gravées dans les traités botaniques mais leur représentation dessinée reste limitée, presque confidentielle. Echinopsis Eyriesii est importé d’Argentine en France dans les années 1830; seuls quelques spécimens sont répertoriés dans les traités de botanique européens. Dans ce contexte, l’œuvre d’Olimpe Arson prend une dimension singulière : elle appartient au corpus extrêmement restreint de représentations dessinées de cactus avant 1850 et y fait largement figure de chef-d’œuvre.
Une artiste précoce à la carrière éphémère
C’est une personnalité mystérieuse que celle d’Olimpe Arson (Paris 1814 – Paris 1901), élève du célèbre peintre de fleurs Pierre-Joseph Redouté au Museum d’Histoire Naturelle. Elle fait preuve d’une maîtrise remarquable dès ses premières années et, devenant à 21 ans la plus jeune artiste jamais médaillée au Salon, se fait remarquer par sa précocité. Dans l’orbite de Redouté, elle contribue aux grandes entreprises éditoriales de son époque, consacrées à la botanique : La Naissance des fleurs ou les 365 jours de floraison, recueil réunissant 300 groupes de fleurs en 50 feuilles, Paris, 1837 et Cours de fleurs du jardin des Plantes. Très jeune, Olimpe Arson signe ses œuvres, preuve de sa confiance en son talent, et a déjà ses propres élèves mais en 1842, âgée d’à peine 28 ans, ayant « pris en dégoût les choses de ce monde », elle arrête de peindre et rentre dans les ordres. Cette courte période de création explique la rareté de ses œuvres sur le marché et donne à son œuvre une aura particulière.
Petite merveille nocturne
Le cactus représenté ici semble relever du genre Echinopsis, l’un des principaux groupes de cactus sud-américains. Qu’il s’agisse d’Echinopsis eyriesii ou d’Echinopsis oxygona – les différences entre espèces étant parfois ténues – l’artiste représente une plante dont la floraison nocturne est l’une des caractéristiques les plus fascinantes. C’est donc la nuit, à la lumière d’une bougie, qu’ Olimpe Arson capte la floraison d’une plante encore mal connue du public européen.
Réalisée entre 1830 et 1842, cette œuvre représente son sujet avec une finesse remarquable et une précision presque tactile qui met en valeur la douceur des couleurs sur le velouté du vélin, la transparence des pétales. Chaque centimètre semble respirer et l’artiste les restitue avec une sensibilité extrême : la texture du pot de terre cuite, la tension des épines, l’éclosion délicate des fleurs, la petite plante herbacée qui pousse sur le bord du pot, la goutte d’eau… Tout évoque le travail silencieux de l’artiste, sa contemplation nocturne.
Cette acquisition a du sens, non seulement au regard de la flore californienne qui abonde en cactus, mais aussi parce qu’elle vient renforcer un groupe d’œuvres assemblées par le Getty Museum, natures mortes ou études botaniques, réalisées par des femmes artistes, à l’exemple de Giovanna Garzoni, Maria Sibylla Merian, Barbara Regina Dietzsch, Sarah Stone, Hilma af Klint etc.
En savoir plus sur Étude de cactus par Olimpe Arson, œuvre vendue par la galerie Marty de Cambiaire au Getty Museum, Los Angeles.

